IV. - BATLLESCOURT
Quoi qu'il en fût du déplacement de la famille, de Picardie en Artois, une déclaration de terres, sises au terroir de Baillescourt, déclaration faite devant Claude Blondel, lieutenant de la terre et seigneurie de Baillescourt et hommes de fief de la dite seigneurie, le 11 février 1631, montre que « Mathieu, Jean et Antoine de Proyart » étaient possessionnés dès cette époque sur Baillescourt (2).
Au xvii^ siècle. Laurent, établi à Baillescourt, se trouve encore possesseur de terres sur Puisieux, dont il a été parlé ci-dessus (3).
(( Pierre de Proiart » eut pour fils Laurent « de Proïart » (orthographe d'un acte du 14 août 1660 relatif à un procès au sujet de l'Eglise de Baillescourt (4), lequel eut lui-même un fils Daniel, qui acquit de Robert- Charles- Joseph de Mortagne, une partie de la Seigneurie de Baillescourt. Daniel
(1) Avant 1914 aux archives particulières.
(2) Archives de Bapaume.
(3) Archives particulières avant 1914.
(4) Archives particulières avant 1914.
fit reconstruire l'Eglise de cette localité en 1722, et bâtir un presbytère pour son chapelain, en 1734 (1).
L'autre partie de cette seigneurie fut acquise du Comte de Thiennes, par Augustin-Joseph de Proyart, fils du précédent (2).
« Les Proyart possédèrent cette Seigneurie jusqu'à la révolution et ajoutèrent à leur nom patronymique celui de leur seigneurie, comme c'était alors l'usage et ainsi que le constatent la plupart des anciens parchemins de l'époque. Ce n'est qu'après l'abolition des privilèges à la révolution qu'ils cessèrent de porter ce titre » (3).
« Les actes de catholicité du siècle dernier (4) indiquent que les Proyart de Baillescourt avaient pour sépulture l'Eglise de Baillescourt qui était sous le vocable de Saint Denis » (5).
(( Pendant la révolution, l'autel de cette église fut sauvé par Augustin Proyart de Baillescourt » ou plutôt par Augustin Proyart « ci-devant Seigneur de Baillescourt » ainsi qu'il est appelé dans un acte de catholicité du 24 mai 1791 (6).
(( Un dénombrement du 19 février 1769 nous apprend que cette seigneurie relevait du Comte de Bucquoy, à cause de sa terre. Comté et Châtellenie de Bucquoy. Elle était vicomtière et consistait en deux fiefs de noble tènement, chacun à soixante sols parisis de relief, le tiers en chambellage, droit d'aide, de chevalerie et de bail, etc.. » (7).
<' Le domaine et seigneurie de Baillescourt comprenait le manoir et chef-lieu de la Seigneurie, sur lesquels étaient construits le château et la ferme contenant les granges, étables, colombier et autres édifices y compris le jardin, étang et vivier, sept quartiers quat/orze verges de terre ou environ, et deux cent trente-huit mencaudées et demies, dix-neuf quar-
(1) Archives particulières avant 1914.
(2) Archives particulières avant 1914.
(3) Leroy-Grandcourt 1897.
(4) xviir siècle.
(5) Leroy-Grandcourt 1897. Fouillés de l'ancien diocèse d'Amiens.
(6) Leroy 1897 — Archives particulières.
(7) Leroy 1902.
tiers cinquante-huit verges partie en prairies, partie en terres labourables, de plus un manoir chargé vers cette Seigneurie dé cinq sols au jour de la Saint Rémy, d'une mencaudée d'avoine au jour de la Toussaint, et de deux chapons à Noël ».
(( Elle comprenait aussi, dans l'étendue de son territoire, l'Eglise paroissiale, château, colombier, manoirs amasés, prés, jardins, viviers, étangs, rivière, terres labourables, moulin, place, chemins, flots, flégards, allées, voiries, rietz et carrières » (1).
« Quoique faisant partie de l'Artois, Baillescourt formait paroisse du Doyenné d'Albert » (2), possédait une église ainsi qu'un presbytère, avait également son curé qui était à la nomination de l'Abbé de Saint-Acheul, et même autrefois ses (( mayeurs » (3).
Pendant l'émigration, M. Demailly, dernier curé de Baillescourt, et son confrère M. Demiautte, curé de Grandcourt, vécurent à Diisseldorf des subsides du dernier seigneur de Baillescourt. A leur retour d'émigration, tous deux furent accueillis à Baillescourt, où ils reçurent l'hospitalité la plus large et la plus cordiale et où le traitement de l'ancien curé de Baillescourt lui fut intégralement payé, comme s'il avait continué à exercer son ministère dans cette paroisse dont l'ancien titre paroissial avait cependant été supprimé (4).
Baillescourt, situé en Artois, n'était séparé de la Seigneurie de Grandcourt, en Picardie, que par la rivière d'Ancre. Une contestation s'éleva entre son Altesse Sérénissime, Monseigneur de Bourbon, duc de Penthièvre, Marquis d'Albert, et le Seigneur de Baillescourt que le premier somma de détruire un pont, jeté sur la rivière d'Ancre pour faciliter les communications entre les deux localités de Baillescourt et de Grandcourt. Le Conseil d'Artois rendit un jugement contre le duc de Penthièvre se basant sur les motifs que « s'il y avait tènement d'un côté et d'autre seigneurie » à chaque seigneur appartenait la moitié des <( chemins, flots, flégards,
(1) Leroy 1902.
(2) Leroy 1902.
(3) Leroy — Fouillés de l'ancien diocèse d'Amiens — Roux, Histoire de St-Acheul.
(4) Comptes des archives particulières. Leroy.
et voiries, à l'endroit et selon 1' « étendue de leurs tènements et héritages ».
Le duc de Penthièvre ne voulant s'avouer battu, assigna le Seiçrneur de Baillescourt devant le Parlement de Paris. Mais il n'osa poursuivre l'affaire plus loin et ne donna aucune suite à l'assignation (1).
Une pièce de l'époque établit que Laurent de Proyart, père de Daniel (dénombrement fait par « mon grand Daniel » (sic) et par mon père pour les biens de Neuville) possédait encore d'autres fiefs. Ceux de son s^rand'père : fief sur Wancourt et Neuville. Ceux de son père : Neuville, Lennevon (?) et Mercatelle (sic).
Daniel de Proyart avait, de son côté, des terres à Miraumont, comme à Puyzaumont. En effet, il a signé à Bapaume, un bail, en faveur d'Albert de Proiart, de 63 meneau dées et 22 verges sur les dits terroirs de Puyzaumont et de Miraumont.