‹ Proyart et Baillescourt. Picardie et ArtoisChapitre 8 sur 13 · VIII. - A l'époque de la révolution · texte numérisé non relu

VIII. - A l'époque de la révolution

A l'époque de la révolution française, cette famille tout entière demeura fidèle à Dieu et à son Roi.

Plusieurs de ses membres payèrent de leur incarcération leur dévouement à sauver les biens de l'Eglise ou à sauvegarder des prêtres et des religieux. Ils échappèrent à l'échafaud grâce à la réaction thermidorienne.

Rappelons brièvement que Laurent de Proyart avait, sans souci de la prison, sauvé l'église d'Ervillers, de la manière la plus originale d'ailleurs. Il avait fait charger sur une voiture, pour les réexpédier à Arras, les révolutionnaires, au préalable grisés, qui avaient été envoyés pour procéder à la démolition de cette église.

Cette action, jointe au soin qu'il prenait de défendre la cause de la religion, dans ses dogmes, ses biens et ses ministres, le fit arrêter et incarcérer comme « ci-devant )>. Monsieur et Madame de Loeuvacq (ses beaux-parents) étaient également incarcérés.

Sa sœur, de son côté, était écrouée. ainsi que son mari Eléonor-Nicolas de Flandre.

Leur tante, Marie-Emérentienne de Flandre était jetée en prison (( pour avoir donné asile aux Récollets et à un vicaire réfractaire ».

Il en était de même de la sœur de cette dernière qui figurait sur le registre d'écrou sous la simple mention (( Marie- Thérèse de Flandre, fanatique et opulente ».

En outre, un grand nombre de parents de son nom, ou de ses alliés (les Haudouart, Boniface. Cornaille, plusieurs membres de la famille de Bécourt, Anne Julie de Loeuvacq et son mari. Enlart de Grandval. etc.) remplirent les geôles révolutionnaires en haine de la foi et en raison de leur situation.

Un Goubet, Jacques, montait sur l'échafaud.

Les 76 ans de l'un d'eux, un Loeuvacq, prêtre capucin, ne lui épargnèrent pas, malgré son âge, d'être enfermé dans

la maison de réclusion où il mourut lentement des mauvais traitements qu'il y subit (1).

Les Proyart ont maintenu entières ces traditions de foi et d'honneur. C'est le cas de rappeler ici les paroles que Rambure prononçait : « l'on peut dire à juste titre que cette famille a toujours conservé intact le dépôt de la foi et la dignité des ancêtres » (2).

Le Saint-Siège a d'ailleurs tenu à consacrer l'action et les services rendus « avant, pendant et après la révolution » par sa famille et par ses grands parents de Flandre et de Loeuvacq, dont il était le seul descendant mâle, en conférant le titre de Comte à Ernest de Proyart de Baillescourt pour lui et sa descendance masculine.

Bien que nous nous soyons donné comme règle de ne pas nous écarter, dans cette simple vue d'ensemble, de la ligne directe des deux branches encore subsistantes, pour ne point embarrasser notre étude de branches qui n'ont pas continué, il paraît opportun de dire ici quelques mots de l'Abbé Lièvin- Bonaventure Proyart. Son nom est assez connu des historiens et des littérateurs; sa biographie a été écrite dans la réédition de ses œuvres, chez Méquignon ; des historiens du Pas-de- Calais ont parlé de lui dans divers ouvrages. Il serait donc oiseux de répéter ce qui a été dit et bien dit de cet homme connu par son talent d'écrivain, l'intangibilité de sa foi. son attachement à la monarchie, la fermeté de son caractère devant les persécutions dont il fut victime sous la révolution puis l'Empire, enfin par sa dignité dans l'exil et devant la mort.

Il suffira de se reporter aux ouvrages qui ont déjà parlé de lui.

Rappelons succinctement sa vie. Né en 1743 et ayant embrassé l'état ecclésiastique, il se consacra, jeune encore, à l'éducation de la jeunesse, fut longtemps sous-principal du Collège Louis-Le Grand, puis principal du Collège Royal du Puy-en-Velay qu'il fut chargé d'organiser.

(1) Bedu. Histoire de la ville de Bapaume — Lenglebert. Précis hist. de la V. de Bapaume — A.J. Paris — Archives particulières.

(2) Rambure : discours.

Entre autres œuvres, rempli d'admiration pour les vertus du Dauphin, père de Louis XVI, il en écrivit l'histoire qu'il fit imprimer malgré les menaces ou les promesses alternées des philosophes. De semblables menaces ne l'arrêtèrent pas dans la publication de l'Histoire de la Reine, mère du Dauphin, puis dans l'histoire du Duc de Bourgogne, père de Louis XV. Le dernier roi de Pologne, Poniatowski, lui proposa, après qu'il eut écrit celle de Stanislas, roi de Pologne, de venir jouir de sa protection dans ses états. Il refusa d'abandonner la lutte; dès le début de la révolution, il réunit autour de lui. un petit cercle d'écrivains restés fidèles aux principes de la Monarchie, et combattit avec courage les projets des novateurs.

Condamné à la déportation pour avoir refusé de prêter le serment, il prit le chemin de l'exil, et se réfugia dans les Pays-Bas. Mais avant de quitter sa patrie, il avait laissé à sa famille un admirable testament contre les dangers du schisme (Imp. 1792) dans lequel il exhortait les siens à toujours demeurer fidèles aux vrais préceptes de la Religion, déclarant : " je le conserverai de mon côté pour qu'au jour du Seigneur nous puissions nous le représenter mutuellement, non pour la confusion d'aucun de nous, mais pour la justification de tous ». La famille s'est montrée fidèle à l'esprit du testament.

Ce fut lui qui, au nom des prêtres déportés demeurés à Bruxelles, harangua Dumouriez lors de son entrée triomphale dans cette ville et obtint du Général que ces prêtres ne seraient point inquiétés.

Il continuait dans l'exil à rédiger de nombreux ouvrages. La réputation dont il jouissait le fit désigner pour haranguer l'Empereur François II à son couronnement comme Duc de Brabant. Les progrès des armées françaises ayant forcé les exilés à s'éloigner, il fut accueilli en Franconie à la Cour du Prince régnant de Hohenlohe Bartenstein qui le nomma son conseiller privé.

C'est là qu'il écrivit la vie et les crimes de Robespierre sous le pseudonyme de Le Blond de Neuveglise, Colonel d'infanterie légère, puis : Louis XVI détrôné avant d'être Roi.

L'époque du Concordat ayant ramené en France les prêtres déportés, il se retira à Saint-Germain, oii, rassemblant

les matériaux qu'il avait réunis depuis plusieurs années, il publia « Louis XVI et ses vertus aux prises avec la perversité de son siècle ».

L'auteur fut arrêté et maltraité; Xapoléon le fit. sans jugement, secrètement enfermer à Bicêtre oii. manquant de tout au cœur de l'hiver, il ne tarda pas à être atteint d'une hydropisie de poitrine.

Mourant, il fut tiré de cette prison, pour être transporté à Arras. sous la garde d'un gendarme lequel ne le quitta que lorsqu'il fut mort, peu de jours après.

Xapoléon, dans une lettre au Cardinal Fesch. grand aumônier, en 1808, écrivait : « J'ai reçu votre longue lettre

du 21. J'y ai vu trois choses : 1° 2° — l'éloge de l'Abbé

Proyart que je me suis contenté d'exiler à Arras et que j'aurais dû tenir toute sa vie à Bicêtre pour le libellé séditieux contre la Xation et le Gouvernement qu'il a osé publier. 3° — Quand au reste de votre lettre, je n'y ai vu que l'effet d'une imagination en délire, et je conseille à vous, et à tous ceux qui se créent ainsi des monstres qui n'existent que dans leur imagination, de prendre des bains froids ».

Cette lettre nous servira de conclusion à ces notes succinctes sur celui qui demeura, à travers les persécutions, jusqu'à la mort, un ardent défenseur de Dieu et de l'ancienne France.

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