UNE FAMILLE MALHEUREUSE
sur le sein de sa femme, debout derrière lui, et qui le soutient des deux mains. Deux petits garçons, l’un parais.sant faire une prière, l’autre la tête sur les genoux de son père, partagent l'aflliction de la pauvre femme; une jeune fdle, plus âgée, sanglote en cachant sa tête dans son tablier. Prud’lion a mis tout son cœur dans ce tableau. En le voyant, on oublie l'artiste pour ne penser qu’à l’homme dé.solé qui a traduit sa propre douleur avec une si poignante énergie. Une Famille malheureuse fut exposée au Salon de 1822, où elle obtint un très-vif succès, dû certainement à sa valeur artistique, mais aussi à l’émotion excitée par la fin tragique de M"' Mayer. Prud’hon en fit une admirable lithographie’ pour le journal
Prud'hon. Le duc de Filz*James le veut à tout prix. Il offre \ 5,000 fr„ mais, si vous désirez plus, fixez vous-même la somme. Je vous remercie, répondit Prud‘lion, mais mon tableau est vendu. — A qui? — A Odiol; il me le {wyc 5,000 fr. et je préfère le voir entre les mains d'un amateur sincère, qui l'aimera, qui ira chaque jour le rej,»arder, à qui il procurera une vive et vraie jouissance, qu entre celles d'un ^rand seigneur qui lui jettera à peine un coup d'œil le lendemain du jour où il sera entré dans sa galerie, et qui ne l’achète que parce que mon nom est à la mode en ce moment. »
I. Les épreuves de celte planche furent rapidement enlevées. M. do Boisfremonl en fil uno répétition de mémo grandeur, et il faut un œil très-exercé pour distinguer la copie do l’original. — Il existe une gravure en grande dimension de cet ouvrage, par Toussaint Caron.
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l’Albiim : c'était un dernier liommage qu’il voulait rendre îi son élève, et il accompagna l’envoi de sa pierre de cette lettre touchante :
« Ce O mai ISÎ2. — Monsieur Grille voudra bien user d’indulgence si je ne me lasse pas de mettre sa bonté à contribution. Mon intention me servira d’excuse et sa sensibilité s’identifiera, j’en suis sûr, au sentiment qui provoque ma demande.
« En parlant dans son Album du tableau dont je lui ai porté la lithographie, je le prie de dire que le sujet qu’il représente est de l’invention de M"‘ Mayer, mon amie; qu’il avait été commencé par elle et que je l’ai terminé par suite de sa mort funeste et trop imprévue.
« C’est une fleur à jeter sur sa tombe et k joindre à celles qui composent la couronne de gloire que son pinceau gracieux et distingué lui a méritée.
« Cet acte de justice que réclame de votre sensibilité un cœur encore pénétré de sa douleur sera pour lui inappréciable.
Il Je prie monsieur Grille d’agréer l’assurance de tout mon dévouement.
« PrCD’hON '. 1)
1. A la suite de CÆlle lellro, Grille ajoute : « Que j’ai eu de bontieur à vivre au milieu de ces cæurs d’élite t l’rud'hon était