UNE LECTURE
Pendant les derniers mois de sa vie, Prud’hon reprit quelques-uns de ces sujets gracieux qui lui rappelaient sa jeunesse et son bonheur évanoui. C’est alors qu’il fit une Leclure, ravissante lilliographie et l’une de ses plus heureuses inspirations. Une jeune femme assise, ajustée de la manière la plus élégante, les bras nus, tient des deux mains, croisées sur ses genoux, un livre entrouvert et un bouquet de roses. Elle vient d’interrompre sa lecture et retourne la tête vers une colombe qui, perchée sur le dossier de son fauteuil , avance le col pour bai.ser sa bouche. Le mouvetnent un p('u maniéré, l’expression voluptueuse de la figure sont délicieux.
Il projetait aussi de peindre pour .AI. de .Saint- Vincent une esquisse, répétition de .sa Cigale dans le Daphnis et Chloé de Didot , et lui écrivait ii ce propos :
« Ce 8 mai 1823. — iMonsieur, je serais bien embarrassé de répondre aux choses flatteuses que vous m’adressez dans la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire. Aussi m'en tiendrai-je au silence sur un talent que vous m’assurez vous faire grand plaisir. Quant aux reproches que l’on croit devoir me faire, de rendre la nature plus sédui.sanle qu’on ne la suppose, je répondrai que, loin de l’em-
m PUÜD'HON A M. DE SAINT-VINCENT, bellir, tous les efforts de l’art ne peuvent atteindre aux charmes de cette belle naiure, et c’est ce que vous savez aussi bien que moi , Monsieur.
« II n’a pas été hors de propos de m’avoir fait penser à l’esquisse de Daphiüs et Chloé que vous m’avez confiée. Elle ressemble à peine au croquis, que je croyais perdu, qu’il m’est agréable d’avoir retrouvé, puisque dans mes moments de loisir je serai à portée de satisfaire au désir que vous conservez d’avoir quelque chose de moi. Je l’ai placé sous mes yeux pour ne pas l’oublier, et je m’en occuperai trèsvolontiers dès que mon temps pourra me le permettre. Ayez encore un peu de patience; bien qu’il m’arrive d’en abuser, cela aura un terme, je l’espère, et mon excuse sera de faire en sorte que vous soyez content.
« Recevez, je vous prie, Monsieur, l’assurance de toute ma considération.
• U Pbud’uü.n'. »
Prud’hon n’exécuta pas celte exquisse, cl l’embellie qui s’était faite dans son ciel obscur ne dura pas longtemps. Sa santé déclinait rapidement, et il ne s’occupa plus que de deux ouvrages du caractère le plus sérieux:
I. A Monsieur do Sainl-Vincent, quai des Augusiins, n" 17, à Paris. — L'origiaal de celle lettre appartient à M. Laperlier.