PREMIÈRE PARTIE
SoMMAiiE. — Famille de Prud^hoii. ^ Son enfance. Le curé Besson. — Piud’hon chez les moines de Cluny. Ses études à Dijon. — Devosge. — Mariage de Prud'hoii. — Le baron de JoursaoTsult. Premiers ouvrages et premières lettres de Prud'hon. ~ Séjour de Prud'bon à Paris. •- Ses relations avec la famille Fauconnier. — Il retourne à Dijon et concourt pour le prix de Rome. — Départ pour ritalie.
Pierre Prud’hoii naquit dans la petite ville de Cluny, département de Saône-et-Loire, le k avril 1758*. Son père, Christophe Prud’hon, avait épousé,
< . La plupart de^ biographes de Prud'hon se sont trompés sur la date de sa naissance. Voïart IJVolice hUtorique sur la via el es ouvrages de P.-P. Prud’hon, peintre, 48Ji); Quatremère de Quincy {\oUce historique lue à l’Inslilut, le i octobre INii; Uontleur universel, (8 octobre <8Î4); M. Charles Blanc {Histoire des Peintres, article Prud'hon) ; M. Arsène Houssaye {L' Artisle,Tfinvicr<844), le font naître le 6 avril 1760. Dclécluzo (Louis David, p. 303) donne 1765; Eup!nvX)e\acro\s. (Revue des Deux Mondes,
2Î I.A rAMlLLE UE HIED'IION.
le 9 novembre Françoise Piremol, qui lui donna
dix enfants'. Pierre était le dernier. La maison qu'lia-
V' novembre I84S), le 6 avril l7o9. En présence de l’acle autlientii|ue, le doute n’est plus possible, l’rud'lion est bien né le l avril ) 758. comme le prouve son extrait de baptême, que je transcris tout au long.
Dapîkwb de Pieube l'aiDON, m: le 4 avril t7.'iS. Extrait îles registres îles baptêmes, mariages et sépultures île la paroisse de Saint-Marcel de lUiing, aiTondissement de Miieon, departement de Saône-et-Loire.
Ce jourd'liui quatre avril mil sept cent dnquante-lmit, Je piètre curé de la paroisse de Saint-Marcel de Cluny, ai baptisé Pierre, fils de Christophe Prudon, tailleur de pierres, et de l'rançoise Piremol, sa femme, né ce même jour.
Sun parrain a été Pierre .Moreau, marchand épicier, et sa marraine, dame Ursule Mutin, épouse do sieur François Blais, marchand do drap, tous de ladite ville, soussignés avee moi.
Signe au registre ; .Mutin-Blais, .Moreau cl De Laporte, curé. Le maire de la ville de Clunv certifie l'authenticité.
Philibert, adj.
Cluny, 14 décembre ISSÎ.
t. Les mêmes auteurs qui, en suivant vraisemblablement la version do Voïart, se sont trompés à l'égard de la naissance de Prnd hon, commettent également une erreur lorsqu’ils donnent treize enfants au pauvre tailleur do pierres. Il n’en avait que dix. Voici leurs noms et la date de leur naissance :
Philibert, Î4 décembre 1735. — Jeanne-Francoi.se, 2t juin 17.77. — Catherine, 21 mai t739. — Gabriel, 4 juin 1740. — .Marie, 19 mars 1746. — Auln* .Marie, 22 novembre 1748. — Claude, 7 septembre 1751. — Louis, 15 novembn- 1733. — Autre Françoise, 2 mars 1756. — Pierre, 4 avril 17.58.
LA PAMILLI- DE PRLD'IlON. Ï3
bilait cette nombreuse famille existe encore; elle est située au fond d’une impasse, sur la paroisse de Saint-Marcel. C’est un petit bâtiment de chétive a])parence, mais qui n’a pourtant rien de triste Jii de misérable. Il ne renfermait que deux ou trois pièces : en bas, une cuisine dont la porte, élevée de trois marches, se fei-mait au moyen de volets de bois; à cété et à gauche, une chambre qui s’ouvre à ras du sol par une porte vitrée; plus à gauche encore, une autre porte grossière de pressoir ou d’écuric. .\u premier, on voit une seule fenêtre assez grande, et plus haut immédiatement sous le toit, couvert de tuiles creuses, une lucarne presque carrée. Un vieux cep de vigne, qui doit être l’aîné de Prud’hon, jette ses l)ras incultes le long des parois du modeste nid d’où s’est envolé l’enchanteur’. Prud’hon était trèsjeune lorsqu’il perdit, dans l’espace de quatre mois, son père et sa mère’, dont il était le préféré. « Elle l'aimait avec une telle passion, dit M. Voïarl, l’ami et le premier biographe du peintre, qu’elle craignait
t. Voir une jolie vigncUe de celte maison, dans le Magasin pilloresque, mai t8ü7.
S. Les biograplies font mourir le père do Prud'hon lors>;uo celui-ci était en bas âge, et sa mère plusieurs années plus lard. C’est une erreur, comme on le verra par une lettre de Pru i'hun à M Fauconnier, écrite de Turin, et que l'on trouvera plus loin.
de le perdre de vue un seul instant. Cette sollicitude maternelle influa sur son caractère, car il conserva toute sa vie cette douceur de mœurs et cette aménité, apanage du sexe qui présida à sa première éducation. »
Comme un grand nombre d’hommes diversement distingués ou illustres, Prud’hon fut en effet deux fois le fils de sa mère : fils de ses entrailles et davantage encore de son cœur tendre et passionné. On ne peut douter qu’elle développa dans la jeune âme de son enfant bien-aimé celte délicatc.sse exquise, cette sensibilité extrême, presque maladive, où il puisa ses chefs-d’œuvre, mais qui fut la source de ses malheurs.
Prud’hon resta sous l’œil maternel jusqu’à sept ou huit ans sans qu’on se soit, semble-t-il, occupé en aucune manière de son instruction. Il jouait et courait avec les enfants de son âge, et sa principale occupation était d’aller avec eux chercher du bois dans la forêt des Bénédictins de Cluny. lœ soir, il revenait chargé de son fagot, avec lequel la mère faisait cuire le souper de la famille. Les choses pouvaient continuer ainsi : Prud’hon serait devenu tailleur de pierres comme son père. Mais son bon génie intervint sous la figure du curé Joseph Besson, qui le rencontra un beau jour, et fut tellement charmé par