LE CURÉ BESSON
son air intelligent et ouvert, qu’il le prit comme enfant de chœur pour servir la messe et lui donna les premiers rudiments. Prud’hon conserva toute sa vie la plus vive alTeclion, la plus respectueuse reconnaissance pour son premier protecteur; en 1788, à son retour de Rome, il en fit un portrait en buste, peint à la cire, qui, après être resté jusqu’à ces derniers temps dans la famille du digne curé, appartient aujourd’hui à la riche collection de iM. Eudoxe Marcille. A l’époque où Prud’hon exécuta cet ouvrage, le curé Besson pouvait avoir une soixantaine d’années. Ses cheveux sont blancs, mais les rides marquent à peine sur cet aimable et bienveillant visage; l’œil surtout est affectueux et charmant. C’est peut-être à ce brave homme que nous devons notre grand peintre ; il lui servit en quelque sorte de père, et nous le retrouverons dans plusieurs circonstances importantes de la vie de Prud’hon.
Le curé Besson ne tarda pas à remarquer les rares dispositions de l’enfant. Ne se trouvant pas capable de le mener plus loin, il l’envoya chez les moines de Cluny, qui avaient un enseignement gratuit , et lui fit donner quelques leçons de dessin. Le jeune homme n’avait pas besoin qu’on le poussât dans celte voie. Il couvrait ses cahiers de croquis à la plume et modelait de petites figures en terre ou
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en bois. Une fois il tailla avec son canif, dans du savon blanc, les personnages de la Passion, cl luimèine racontait qu’ii son retour de Rome, ayant retrouvé ces ouvrages de son enfance, il fut surpris du mouvement et de l'expression qu’il avait su leur imprimer.
J.cs tableaux de l’abbaye, qui pourtant n’étaient pas des meilleurs, firent sur lui la plus vive impression. Il avait quatorze ans. Son goût pour la peinture prit tout à fait le dessus. Dans son impatience, il faisait des pincccaux avec des poils qu’il arrachait aux chevaux, et des couleurs avec les sucs des plantes et des fleurs. C’est avec ces instruments grossiers qu’il cherchait k imiter les tableaux qu’il avait sous les yeux. Un moine lui dit un jour ; « Vous ne réussirez pas, ils sont peints h l’huile. » Et Prud’hon, après de nombreux et inutiles essais, trouva enfin, et tout seul, le moyen de peindre de celte manière*.
C’est probablement à cette époque qu’il faut l'apporter la curieuse peinture que 51. Jlarcille père
1. J’extrais uno partie des détails qui précédent de deux lettres inédites adressées par M, Dumont-Champion, receveur municipal de la ville de Cluny et des hospices, l’une ( V janvier tSu3) à M. Marcille père, l’autre (16 février 1863) à M. Marcille fils. Ces deux lettres ont une grande importance, et j’espère que M. Eudoxe Marcille les publiera in extenso dans le catalogue de l'œuvre