I. Voïarl, \otice hislorique, p. II
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Irès-enmiyant : et cet ennui -là ne vous paraîtra pas incroyable, quand vous saurez que le sculpteur qui avait si bien quitté Paris sans moi ‘ était encore dans son pays lors de mon arrivée à Dijon ; que Je l’ai attendu cinq à six jours à Mâcon, autant à Lyon, où il m’a rejoint, et d’où je serais parti sans lui si j’avais eu mes effets ; que de Lyon nous avons pris une diligence lente, froide, pleine de gens peu sociables. Ajoutez à cela qu’étant sur le Rhône, qui est un fleuve fort dangereux, nous avons eu un vent épouvantable qui nous a contraints de mettre quatre jours à un voyage qui se fait en deux ; encore avons-nous fait trois grandes lieues àpied pour arriver à. Avignon; que d’Avignon nous avons pris un carrosse composé d’un prieur lisant sans cesse son bréviaire, d’une femme sérieuse à glacer, de mon maussade compagnon de voyage et de moi qui ne disais mol; lequel carrosse, après deux jours de marche, nous a rendus à Marseille où nous avons été huit jours pour chercher place dans un bâtiment pour Civita-Vecchia; et après en avoir obtenu une par grâce spéciale, nous sommes encore obliges d’attendre six autres jours pour la commodité de son départ, au bout duquel temps, si
4 . Il semble résulter de ce passage qu'après le concours, avant d'entreprendre son voyage d'Italie, Prud'lion était allé revoir ses amis de Paris.
PRÜD’nON A M. FAUCONNIER. 89
le vent ne se trouve pas favorable, il faudra rester à bord tant qu’il plaira au vent d’être contraire. Ce n’est pas tout! Et la douce perspective d’être peutêtre vingt jours en mer à faire un trajet de trois ! Tout cela n’est-il pas bien amusant? Voilà cependant où j’en suis, mon cher, passant le temps fort désagréablement, ne sachant que faire et que devenir en attendant mon départ. Encore si je pouvais recevoir de vos nouvelles ! Elles diminueraient le poids de mes ennuis et de mes soucis. Mais non! il faut que j’aie tous les désagréments à la fois.
« Adieu, mon ami, je vous embrasse de tout mon cœur.
« Dites tout plein de choses agréables de ma part à M. Sylvain; assurez votre chère maman de mes respects, M”* Richard pareillement, et faites mes compliments àChamufTin.
« De Marseille, 5 novembre 1784'. »
Prud’hon n'oublie pas son professeur, M.Devosge, et on voit par la manière dont il lui rend compte de
1. L'original de cette lettre appartient à M. Pelée. Elle porte pour suscription, comme la plupart de celles adressées par Prud'hon è M. Fauconnier et dont nous avons les adres.scs : < Monsieur, Monsieur Fauconnier, marchand, entre un marchand de vin et un sellier, prés l'hotel Valbelle, rue du Bac, Taubourg Saint-Germain,
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ses faits et gestes combien il s’était lié avec l’excellent homme auquel il devait non-seulement son éducation d’artiste et son succès au concours, mais des encouragements de toute sorte et la plus intelligente protection. Il lui écrit :
« De Marseille, ce 23 novembre 1784. — Monsieur, je ne sais quel démon a conspiré contre nous pour mettre à bout notre patience. Depuis trois semaines que nous sommes à Marseille, nous n’avons pas encore trouvé moyen d’en sortir. I.e capitaine à qui nous nous sommes engagés pour notre traversée ii Civita-Vecchia n’a cessé de remettre son départ de jour è autre, si bien que les beaux temps se sont passés, les vents sont devenus contraires, et à présent que tout est disposé pour sortir du port, nous sommes obligés d’attendre qu’il leur plaise pour cela nous être plus favorables. Ces contre-temps. Monsieur, nous con-
à Paris. » — On Irouve sur quelques-unes de ces adresses des variantes trop peu importantes pour ùtre signalées. — L’Iiotel de M. de Valbello était situé rue du Bac, près de la rue de l’Université, à gauche en venant de Saint-Thomas d’Aquin. — t;e .M. de Valbelle est celui dont l'Académie française commanda le buste à Uoudon (voir l’élude que M. de Montaiglon a publiée sur Houdon dans la Kerue universelle des arts, tome I, 1853, p. 26i).
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trarient beaucoup et nous donnent bien de l’ennui; de plus, nos fonds s’épuisent, malgré que notre dépense soit très-stricte et notre économie trèsgrande. Il fait très-cher vivre èi Marseille, et si nous ne partons bientôt (comme je l’espère cependant), nous courons grand risque d’arriver à Civita-Vecchia sans une obole. A supposer que nous nous mettions en mer dans deux ou trois jours, nous n’avons que juste pour arriver à Rome. Il est vrai aussi que nous ne savons pas de combien de jours sera notre traversée, et que comme les vents changent souvent dans la saison où nous sommes, nous l’avons supposée de vingt jours et fait notre compte en conséquence. Elle peut quelquefois être de plus comme elle peut être de beaucoup moins. Je ne vous parle. Monsieur, du trajet plus ou moins long, que parce que nous nous sommes arrangés avec le capitaine pour notre nourriture à quarante sols par jour chacun, et deux louis par personne pour notre passage. Tel est le prix de MM. les capitaines; M. Pertuis luimême nous l’a confirmé. Il nous plaint beaucoup sur notre retard qui ne finit plus, et nous a fait offre d’argent dans le cas que nous prévoirions n’en avoir pas assez pour arris’cr à notre destination. Nous ferons en sorte de nous mettre hors du besoin de recourir à ce qu’il nous a offert si obligeamment,
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mais nous ne pouvons pas en répondre : le temps de notre séjour à Marseille en décidera. Voilà où nous en sommes. Je vais. Monsieur, vous parler d’une chose qui vous surprendra sans doute. Par l’etTet du hasard le plus inattendu, nous avons rencontré Alexandre Renaud que nous pensions être à Florence. Il y avait cinq semaines qu’il était à Marseille lors de la rencontre que nous en avons faite le 13 novembre. Il n’a pas peu contribué à alléger nos ennuis et à nous faire passer le temps agréablement, soit en nous faisant part de ses lumières, qui sont de la plus grande étendue, soit en nous parlant de son ambition à laquelle il a tout sacrifié et qui est en partie cause de ses malheurs et de son infortune. Quels sont ses projets? quelles sont ses vues? Nous l’ignorons; mais ce qu’il nous a dit de Rome n’a fait qu’attiser le désir et l’impatience que nous avons de nous y rendre, et nous ne cessons de soupirer après le vent favorable qui doit nous y porter.
« Nous sommes, avec le respect et l’attachement le plus sincères, vos très-humbles et très-obéissants serviteurs.
Il Prod’hon et Pbtit *. »
t ■ Ce Petit est sans doute le sculpteur dont Prud’hon parle plus haut.