‹ Prud'honChapitre 21 sur 148 · I. L'original de celte lettre appartient à M. Felée · texte numérisé non relu

I. L'original de celte lettre appartient à M. Felée

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mate. .Mon cœur sent tout ce qu il vous doit, mon ami, et si la vie a quelques attraits pour moi, c’est sans contredit parce que vous y ôtes. Chez vous seul j'ai connu les charmes de l’amitié; la franchise, la sincérité, la bonté de votre cœur, tout vous a rendu cher au mien et m’a fait voir que vous m’aimiez tendrement. O mon ami, comment voulez-vous que votre absence n’excite pas mes regrets? Vos lettres, quelque précieuses qu’elles soient pour moi, peuventelles me tenir lieu de vous? Elles ne peuvent qu’adoucir mes ennuis. Vous avez beau prêcher la fermeté, mon ami, l’ennui me suivra partout où vous ne serez pas. J’ai reçu ces jours passés la boîte qui contenait le papier et les autres effets que vous avez eu la bonté de m’envoyer. Je suis confus, mon ami, de ne pouvoir autrement vous en témoigner ma reconnaissance. Nous concourrons dans un mois. Je vous la renverrai après les états, avec l’esquisse de mon tableau et le dessin, ou quelque chose, à peu près ce que vous me demandez. Je vous fais mille remerciments des cravates et de l’argent que vous avez bien voulu ajouter aux effets que vous m’avez fait tenir. Je viens de finir mon plafond, dont le professeur est très-content, et qui m’a donné beaucoup de peine, non pas d’esprit, mais de corps ; je ne sais pas encore quand j’en recevrai le prix. Je vais faire

86 CONCOCRS POUR LE PRIX DE ROME, deux ou trois portraits qu’on m’a demandés et quelques esqtiisses pour me préparer au concours. J’ai vu des ouvrages de mon concurrent; il n’est pas bien à craindre pour le talent; il ne pourrait l’être que par la faveur. Adieu, mon ami, je vous embrasse de tout mon cœur. Assurez bien de mes respects votre mère et M”' Richard. Vous aurez la complaisance de faire mes compliments à M. Sylvain et à sa femme, à ChamulTm aussi, si vous le voyez. Vous remettrez, s’il vous plaît, la lettre ci-jointe îi votre sœur, que vous embrasserez pour moi. »

Après avoir été probablement encore retardé, le concours s’ouvrit enfin. Mais nous ignorons les noms et même le nombre des concurrents (qui n’étaient peut-être que deux, comme on pourrait l’induire d’un mol de la lettre précédente), ainsi que le sujet qu’ils eurent à traiter. Tout ce que nous savons de ce concours, c’est un beau trait de Prud’hon, et qui peint son cœur. Pendant qu’il était enfermé et occupé à terminer son tableau, il entendit dans une cellule voisine les gémissements d’un camarade qui ne pouvait venir à bout du sien. Prud’hon abandonne son travail, détache une planche de la cloison et termine le tableau de son concurrent. Il fit si bien que ce fut son rival qui obtint le prix. Mais touché de l’injus-

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lice faite à l’rud’hon, le jeune vainqueur avoue franchement qu’il lui doit son succès. Les états de Bourgogne réparèrent leur injustice involontaire; le prix fut donné à Prud’hon, et ses camarades, pénétrés d’admiration, le portèrent en triomphe dans toute la ville de Dijon'.

l'rud’hon alla sans doute faire un séjour à Cluny et prendre congé de sa famille et de ses amis avant de se rendre en Italie. Il revint à Dijon et en partit à la fin d’octobre pour Mar.seille. Mais tout conspirait contre ce voyage d’Italie tant désiré et si longtemps attendu par le pauvre artiste. Le 5 novembre il est à Marseille, d’où il écrit îi M. Fauconnier :

« .Mon ami, me pardonnerez-vous de ne vous avoir pas écrit pendant le cours de mon voyage depuis Dijon jusqu’il Marseille? Pour me remettre en grâce avec vous je vous dirai que vous n’en êtes pas moins cher à mon cœur, que les différentes positions où je me trouve me font souvent regretter les douces consolations que me donnait votre tendre amitié lorsque j’étais près de vous, .Vcluellement je suis hors de portée d’en recevoir, même par écrit, puisque mon voyage n’est pas près d'être à sa fin. Ce qu’il a eu jusqu’alors de particulier pour moi e.st d’avoir été

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