I.AMOUR RÉDUIT A LA RAISON
ville éternelle, occupé moins à travailler qu’à lire profondément en lui-même.
Dans l'Amour réduit à la raison, le petit dieu est attaché par les deux mains à un anneau fixé dans une gaine surmontée d’une tête de Minerve casquée. Il frappe du pied le sol, retourne sa jolie tête pleine de colère vers la belle indifférente qu’il menace de sa vengeance. Elle, assise vis-à-vis de cette image de Minerve qui la protège , une jambe à moitié étendue, l’autre négligemment repliée, le corps incliné, la tête renversée et souriante, ses deux bras nus jetés en avant par un mouvement d’une grâce délicieuse, raille son petit ennemi aujourd’hui vaincu et qui demain sera vainqueur. Il est impossible d’imaginer une figure plus élégante, plus voluptueuse, d’une invention plus imprévue et plus heureuse que celle de cette jeune femme. C’est une enchanteresse. Mais il faut convenir pourtant qu’ici comme dans un grand nombre de ses ouvrages Prud’hon touche à l'afféterie : un pas de plus, ce serait trop ' .
I. Comme il résulle d'une noie du graveur Roger, que je donnerai plus tard «n extenso, Copia, Prud'hon et Constantin s'associèrent pour publier cette planche, et il est probable qu'il en fut de même pour la Cérés et pour le Cruel rit des pleurs qu'il fait verser. Prud'hon fournissait les dessins, Copia le travail et Constantin les fonds.
LE CRDEL RIT DES PLEDRS, ETC.
Nous retrouvons les mêmes personnages dans le Cruel rit des pleurs qu’il fait verser. Mais les rôles sont changés, et maître Amour a bien pris sa revanche. Debout, les deux bras croisés sur son arc. il regarde en riant la pauvre éplorée. .\ppuyée d’une main au siège sur lequel elle est assise, la malheureuse laisse languissamment tomber son autre bras sur ses genoux. Son corps sans force est replié sur lui-même. Sa tête s’incline tristement sur la poitrine à demi nue; toute son attitude, aussi bien que les traits du visage, expriment le plus morne désespoir; une rose effeuillée, symbole de son bonheur évanoui, gît à ses pieds. En arrière, un bas-relief représentant des scènes amoureuses complète le sens de cette touchante composition *.
Le sujet du tableau : l’L'iiion de l’Amour et de V Amitié, qui parut à l’Exposition de 1793, est assez énigmatique. L’.\mour est debout près d’une jeune femme assise , qui montre la terre du doigt ; au second plan deux enfants se roulent dans l’herbe en se cares-
4. Les dessins pour ces deux gravures appartiennent à M. de Lariboissière. — M. Étienne Arago possède un dessin qui présente unevarianlo intéressante de la composition : /e Crue/ nï (/es pleurs qu’il fait verser. L'Amour n'y est pas représenté, et, au-dessus de la place qu’il occupe dans le dessin de M. de Lariboissière et dans la gravure, s'élèvent dans les airs deux ligures enlacées.
L’L’NION DE L’AMOÜR ET DE L’AMITIÉ. S09 saut. Cette peinture, exécutée dans d’assez grandes dimensions, en grisaille à, peine colorée, a appartenu à .>f. Didot, qui la tenait probablement de Prud'hon lui-même, puis h. M. de Morny. Ce n’est pas une des plus heureuses inspirations de l’artiste, et je ne m’y arrêterai pas davantage'.
Il eu est tout autrement de la composition empruntée au deuxième acte d' Andromaque, et pour laquelle Prud’hon s’est inspiré des beaux vers de Racine :
C'est Hector, disait-elle en l’embrassant toujours ;
Voilà ses yeux, sa bouche et déjà son audace .
C'est lui-mèmo; c’est toi, cher époux, que j’embrasse.
Ce magnifique dessin à la pierre noire avec des
I. Les Uvrels de l’éjioque nous donnent des renseignements précis qu'il nous a paru intéressant de relever sur les ouvrages exposés par l’rud’hon en 1791 et en 1793.
« Ouvrages de peinture, sculpture et arcbileclure, gravures, dessuis, modèles, etc., exposés au Louvre par ordre do l'.àssemblée nationale au mois de septembre 1791 l’an lu' de la Liberté. Paris imp. des bâtiments du Roi, 1791. »
« 540. Un dessin à la pierre noire représentant un jeune homme appiii/é sur le dieu Termes (sic) par .M. Prud'hon. »
A la liste des noms et demeures des artistes : « M. Prud'hon, rue Cadet, n» 48 •.
« Description des ouvrages de peinture, sculpture, architecture
ilO ANDROMAQCE ET ASTVANAX.
rehauts de blanc, qui appartient à M. Hauguet, est certainement l’un des plus touchants, des plus admirables ouvrages qui soient sortis du crayon du grand artiste. Au-devant d’un mur d’appui qui supporte des piliers entre lesquels on voit un fond de paysage, Andromaque est assise tenant Astyanax dans ses bras. .V gauche se trouve une suivante; à droite, Pyrrhus et la nourrice. Mais tout l’intéi'ôt se concentre sur cette mère infortunée, sur cette noble veuve du grand Hector, qui contemple son fils avec ivresse et le dévore des yeux. C’est un de ces ouvrages pathétiques où, à l’aide des moyens les plus simples, Prud’hon a mis une émotion communicative et poi-
el gravure exposés au Sallon {sic] du Louvre par les artistes composans {sic) la commune des arts le 10 août 1793 l’an n* de la République française une el indivisible. Paris imp. de la veuve Hérissarl 1793. »
a 261. Portrait d'homme i pieds do h. sur 1 pied par Prudon.