‹ Prud'honChapitre 70 sur 148 · AMINTA · texte numérisé non relu

AMINTA

planche « Il applique sur sa main des baisers de feu » , le mouvement passionné de Saint-Preux et le visage charmant de la jeune fille méritent aussi d’être remarqués.

Il nous reste à parler de deux compositions de genres bien différents, mais qu’il faut mettre l’une et l’autre, malgré leurs petites dimensions, au nombre des plus parfaites qu’ait exécutées Prud’hon. Il s’agit de la planche pour VAminta et du Christ portant sa croix pour V Imitation de Jésus-Christ. Dans la jolie pastorale du Tasse’, une délurée commère nommée Daphné veut convertir à l’amour la sauvage Sylvie, et lui parle en faveur du jeune et bel Amyntas. Sylvie ne connaît et ne veut connaître que les plaisirs de la chasse; elle professe le plus souverain mépris pour la gent masculine et repousse avec indignation les conseils de Daphné. Le malheureux Amyntas raconte ses chagrins au compatissant Tircis, qui lui promet de le conduire près d'une fontaine où il trouvera Daphné et Sylvie. Mais les deux amis avaient compté

1. Aminta, favola boschcrina di Torquato Tasso. Parigi, appresso Ant. Ag. Renouard. <800. 1 vol. in-lî. — Un des deux exemplaires imprimés sur vélin, auquel était joint le délicieux dessin de Prud’hon qui a servi pour la gravure de Roger, a été adjugé 710 fr. à la vente Renouard, en <854. Il appartient aujourd'hui à M. Alexandre Dumas Sis.

Î56 LE CHRIST PORTANT SA CROIX, sans un satyre épris, lui au.ssi, des charmes de Sylvie, et qui, tapi dans un buisson, épie l’arrivée de la belle, se précipite, et la lie à un arbre par ses longs cheveux. Penché sur elle, il la contemple et porte déjà sa main velue sur le beau corps de la nymphe, lorsque Daphné rarrête, appelle Amyntas et Tircis, qui chassent le satyre et rendent la liberté à la cruelle. C’est cette scène qu’a représentée Prud’hon. La jeune fille, dépouillée de ses vêtements, est couchée près de la source transparente, ap|)uyée contre le tronc d’un hêtre, les bras croisés derrière le dos, la tête penchée sur l’épaule. Daphné a saisi le satyre par la tête, et l’on aperçoit dans le fond les deux amis qui accourent. Hélas! une de.scription ne dit rien, il faut voir ce bijou. C’est une composition ravissante et sans tache, une œuvre complète et exquise où Prud’hon a mis tout son savoir et tout son sentiment.

[,e Christ portant sa croix fut exécuté plusieurs années plus tard, en 1817*. Dans celle composition, l’artiste s’est éloigné des données traditionnelles. Le

1 . Œuvres de Pierre Comeitte et Chefs-d’œuvre de Th. Corneitte, avec les Commentaires de Voltaire. Paris. Anl.-Aug. Renouard. 1817. 1î vol. in-8. — La planche gravée par Roger sert de frontispice à la traduction do Vlmitation de Jésus-Christ, de Pierre Corneille. — Le dessin pour oetto gravure appartient à M. Eudoxe Marcille.

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