Î80 PROJET D ÜNE COLONNE MONUMENTALE
n C’est du centre de ce carré formé par les quatre frontons que s’élève la colonne : elle est divisée par des couronnes de lauriers en dix tambours couverts de bas-reliefs, représentant des Victoires et des combats équestres. Le chapiteau, inspiré des formes que l’expédition d’Égypte venait de révéler à l’émulation des artistes, est composé de palmes; mais il devient personnel en ceci, que ces [talmes espacées et plaquées contre un chapiteau uni sont retenues par une couronne d’étoiles de l’elTet le plus charmant. Ce chapiteau surmonte un petit piédestal cubique dont laseule face visible porte le mot GLOIRE, et sur le(|uel e.st debout la figure de l’Immortalité couronnée d'étoiles; elle est drapée et posée avec la grâce la plus exquise; elle tient une couronne de lauriers et aussi son propre symbole, le serpent se mordant la queue, que d’un geste qui relève la baiia^ lité de l’emblème elle tient comme Apollon ferait de sa lyre.
Il En somme, l’effet de l’ensemble rappellerait assez bien celui de la colonne du Châtelet, plus simple, mais conçu dans les mêmes idées. Cependant je crois que l’œuvre de Prud’hon aurait à l’exécution des défauts sensibles, surtout à cause de l’importance de ses soubassements successifs; ils sont presque de la hauteur de la colonne, qui paraît
FRONTON POUR L’HOTEL-DIEÜ. ï84
petite et maigre au-dessus d’eux. Si Prud’hon a fait son dessin à l’échelle indiquée sur le programme de 5 millimètres, ce qui serait plutôt hors de proportion, par mètre, le soubassement ayant 0,230, la colonne, 0,275, et la statue, 0,080, ce qui fait un total de 0,585, le tout aurait en réalité 29 mètres, 14 mètres seulement de moins que la colonne Vendôme, qui en a un peu plus de 43. Mais je ne crois pas que Prud’hon ait étudié son projet comme un architecte; ainsi, d’après sa taille sur le dessin, la statue de l’Immorlalité aurait à elle seule 4 mètres' ».
A cette époque, Prud’hon cherchait à élargir son terrain; il était fort préoccupé de sculpture, car il fit encore en 1804 un projet pour le fronton de l’Hôtel- Dieu, dont nous possédons le dessin et l’esquisse en plâtre*. .\u centre est assis Esculape avec llygie debout derrière lui et appuyée au dossier de son siège. A sa gauche, la Charité s’avance vers un
) . Arc/iives de l'Art français, l. VI. — On connaît un autre ouvrage du même genre par Prud'hon. C'est le projet d'une colonne monumentale à la gloire de Desaix, que l'on devait élever sur la place Dauphine. Cet intéressant dessin appartient à M. Mahérault venant de .U. Dromont.
1. Le dessin appartient à M. Bellanger; l'esquisse en piètre exécutée par Ramey, h M. Eudoxe Marcille. Elle a environ un mètre à la base et porte à gauche : P. P. Prud'hon, an XII ; à droite, Ramey f‘ an XII.
m L'ÉTCDE ET LE GÉNIE,
malade porte sur une civière. A droite, sont les trois Parques. L’idée d’introduire les filles de l’Érèbe et de la Nuit dans le fronton d’un établissement hospitalier n’était certainement pas heureuse, et on dit que c’est ce détail qui fit repousser un projet d’ailleurs bien conçu au point de vue sculptural et empreint à un haut degré de la sensibilité de l’artiste*.
Tout en poursuivant ces divers projets, Prud’hon travaillait aux plafonds pour le Louvre qui lui avaient été commandés par l’administration. Celui de la salle du Laocoon était achevé en 1801 ’. Le peintre y avait représenté l’Etude guidant l'essor du Génie, J’ai à peine besoin do rappeler les grands traits de cet admirable ouvrage, l’un desplus connus de Prud’hon. Deux enfants les bras enlacés, leurs jolies têtes bouclées et rayonnantes d’enthousiasme levées vers le ciel, s’élancent d’un vol aisé dans l’espace. C’est un morceau capital et exquis. Voilà Prud’hon avec toute sa force et toute sa grâce, son imagination originale et
1 . Beaucoup plus lôl, Prud'hon avait modelé deux génies qui SC disputent une couronne. Ce i)clit ouvrage a été exécuté en bronze et encastré dans un meuble. M. Carrier en po.ssedc la terre cuite signée par derrière : Prmt'hon t799. On doit encore à Prud'lioii une Médaille représentant deux Amours qui tressent une couronne, frappée pour le mariage de Jérome Bonaparte et dat™ tS07.
ï. Lettre do Bruun-Ncergaard, déjà citée.