L'original de celle lellre apparlienl à M. Jutes B iilly
34î LA JUSTICE DIVINE RENDUE A PRUD’IION.
Le premier président Séguier, qui avait retrouvé sa ferveur religieuse en même temps que ses rois légitimes, appuya la demande de Prud'lion dans cette letire intéressante à plus d’un titre :
(I Paria, ce SO novembre 1815. — Monsieur le Préfet, un tableau allégorique par Prud’lion était placé dans la salle de la cour d’assises. Le sujet ne convenait pas, et vous l’avez fait retirer. L’auteur y attachait beaucoup de prix, qui peut être réel du côté de l’art ; il désire l'avoir en garde. Ne pourrait-on pas le lui rendre en propriété, si en place il nous fournissait le tableau propre aux audiences judiciaires? C’est un Christ qu’il nous faut, parce que de tout temps il a été élevé au-dessus des juges. Si un troc entrait dans l’intention définitive de M. Prud’lion, comme je pense qu’il l’entendrait avec une économie devenue indispensable, je pourrais, d’après votre agrément, traiter avec l’artiste, et surtout m’entendre sur la nouvelle composition.
■1 Veuillez, .>[onsieur le Préfet, agréer l'hommage de mon attachement respectueux.
Il Le premier président ,
' Il SÊCülKll'. U
I. « A Monsieur te préfet du département de la Seine, » etc. — L'original de retlo lettre appartient à M. Feuillet de Conehes.
SUCCÈS DE LA JUSTICE DIVINE. 343 Le tableau fut en effet rendu à Prud’hon, qui le conserva chez lui pendant quelque temps. On le plaça ensuite dans la galerie du Luxembourg, où il resta jusqu’en 1823. En 1826, la ville le céda au Musée en échange de quatre tableaux représentant le Christ en croix par M.M. Vinchon, Tardieu, Delassus et J ustin Ouvrié * .
En somme, la Justice poursuivant le Crime obtint un très-vif succès*. Prud’hon raisonnait sa peinture. Il aimait à traiter ces sujets destinés à occuper une place déterminée et où la réalité se mêle à la fiction. Son imagination pleine de ressources trouvait facilement des motifs appropriés à un but particulier. On n’avait d’ailleurs pas oublié ses premières décorations
1 . Frédéric Villol, A'od'ce des tableaux du musée du Louvre, p. 297.
2. Ce succès fut un grand événement dans la vie de Prud'hon. C'est à partir de IS08, en effet, qu'il commença à s'occuper d'une manière active de ses intérêts et de ceux de sa famille, et plus on avance, plus on voit s'accentuer cette disposition. Nous possédons une pétition par laquelle il demande l'admission de son second fd.s, Jacques-Philippe, qu'il nomme par on no sait quelle inadvertance Jean-Baptiste, à l'école de Fontainebleau. Ce Jacques-Philippe, ne le 39 avril 1791, avait en effet dix-.sept ans en 1808. Il fut élève de Saint-C) r et mourut pendant la campagne de Ru.ssie.
« .Monsieur le Préfet,
« Le sieur P.-P. Prud'hon, peintre d'histoire, désirant faire
:Ui PROJETS DE PEINTURES DÉCORATIVES.
murales; au.ssi, lorsque quelques années plus tarci, vers 1818, Percier et Fontaine construisirent le grand e.'calier du Louvre, c’est à lui que l’administration s’adre.ssa pour en peindre le plafond. Prud’hon saisit avec empressement la nouvelle occasion qui se présentait d’exécuter une vaste décoration où son goût pour l’allégorie pouvait se donner carrière, et la belle esquisse que possédait M. Laperlier peut donner une idée de son projet. Klle repré- ■senle Minerve ca.squée et enveloppée dans un manteau de pourpre, soutenant d’une main le Génie de la Peinture et do l’autre lui montrant le séjour de l'Immortalité. Cette élégante ligure, qui symbolise les Beaux-Arts, tient une palette et des pinceaux ; les Muses, placées sur son passage, célèbrent son
enlrer Jean-RjplisUi PrutThon, son fils, âgé de dix-st-pt ans, à rwote de Fontainebleau, pour se mettre en état de servir d'une manière honorable et distinguée dans les armées do .Majesté I mpériale et Royale, vous prie. Monsieur le Préfet, do vouloir bien faire examiner ce jeune homme et, s’il est jugé avoir la capacité requise pour y être reçu, de vouloir également lui servir de protecteur et d'appui; il no doute pas qu'une recommandation comme la vélre n'aiguillonne encore en lui le désir de se nrontrer digne de l’intérét que vous prendrez à sa personne.
« Le dit sieur Prud’hon a l’honneur d’être. Monsieur le Préfet, votre très-dévoué serviteur,
• PRun’iiox*. »
* L'uriginal de cette pivee appartient à M. Lapcrlier. Bile est »ans date, mais porto 1a mention admmibtratire: 18 mai U09.
triomplie. D'autres Génies lui font cortège; celui de l’Envie, terrassé, tombe dans le gouffre.
Prud’hon n'exécula pourtant pas cet important ouvrage, et .M'"' Belloc, qui l’a beaucoup connu pendant les dernières années de son séjour h la Sorbonne, m’écrit il ce propos :
(I Voici une anecdote qui peint le désintéressement de Prud’hon et son désir constant d’atteindre la perfection qu’il rêvait. Lorsque Fontaine construisit le grand escalier du Louvre, on voulut confier à Prud’hon, qui avait pour la peinture décorative une aptitude particulière, l’exécution du plafond. Il fit aussitôt des esquisses pour cet ouvrage, qui lui plaisait beaucoup. Mais lorsqu’il apprit que le plafond devait être terminé en un an, il dit : « Ce n’est pas mon affaire. Je ne veux livrer mon oeuvre que <1 lorsqu’elle me semblera parfaite. Adressez-vous à « -V... : c’est un peintre expéditif ; il fera ce que vous demanderez. » Et il renonça ainsi à une commande fort importante. »
Il est bon de remarquer que ce X... dont parle Prud’hon n’était autre que Meynier, qui en effet exécuta l’ouvrage'.