‹ Prud'honChapitre 9 sur 11 · UNE FAMILLE MALHEUREUSE · texte numérisé non relu

UNE FAMILLE MALHEUREUSE

(Litliograpliie de Prud'hon d'après M"« Mayer.

rici

PKCD'HON. 123

rrionlre justoiiieiit qu'un peinlic du rêve peut se sounidlre à la nature la plus ritioureuse, et, plus que tout autre, il s'apparente à Prudlion ; mais ne peut-on sourire ég'alement, devant tel tableau de Renoir, au peintre des Muses et des Grâces? N'était-il pas encore, dans son modernisme ardent, un invenleur d'attitudes féminines et le premier notateur de la « ligne » de la fennne, lui à qui l'on reprochait de ne savoir pas dessiner, comme on le reprochera à Millet et à Puvis de Chavannes, ses grands descendants aussi ?

Arrivé pres(|ue à la gloire dans ses dernières années, Prud'hon, qui ne laissait même pas d'élèves pour le défendre, fut, après sa mort, suivant une loi de réaction habituelle à trop de succès, déconsidéré, démodé, mis de côté. On lit dans le catalogue, daté de 1829, des collections du baron Denon, de qui pourtant il avait fait le portrait et qui avait été son protecteur : « Piaid'hon mériterait par son coloris, sa grâce, le surnom du Corrège français, s'il n'eût presque toujours fait grimacer ses têtes,... qu'il fait toujours assez désagréablejnent sourire. » Cependant quelques honunes de goût veillaient : le comte de Sommariva, Laperlier, Marcille, plus tard les Goncourt. Peu à peu Prud'hon commençait à revivre : ses dessins se classaient, se vendaient déjà le prix que jadis il en eût demandé; mais ce fut l'exposition de ses œuvres organisée à l'École des Be;iu.K- Arts au prolit de sa fdle en 1874, — « Date obo/am picl^i,.,f, ))^ — qui marqua le vrai signal de la reprise de sa "loire ; elle n'a cessé de grandir depuis lors, et, pour la

mesurer à un critérium matériel, on peut estimer que la

valeur de ses dessins s'est élevée, depuis trente ans, dans

la proportion de un à douze : le génie parfois est un bon

placement.

Ainsi pour longtemps s'est fixée de nos jours la gloire de Prudhon. Elle va bien à ce cbarmant altiste, qu'on peut appeler notre Corrège. en lui accordant une intellectualité plus liante, car il nous fait participer à une grâce supérieure où l'àme a sa part, à cette grâce si idéale en son humanité que nous avons aimée dans Mozart; et nous regardons continuer à vivre ce minutieux et délicieux manieur de beauté, ce décorateur des fées, ce peintre des femmes, qui reste pour nous le Maître de l'Enchantement.

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