‹ Prud'honChapitre 11 sur 201 · Revue des Deux Mondes , 1er novembre 184G, p · texte numérisé non relu

Revue des Deux Mondes , 1er novembre 184G, p

du mariage, et c’est le curé Besson, dont les conseils poussaient sans doute son élève à accomplir strictement un engagement précis ou moral, qui procéda à la cérémonie. 11 se pourrait aussi que Prud’hon eût obéi à un mouvement d’ambition et de vanité : la jeune tille qu’il épousa, Jeanne Pennet, était en effet la fille d’un notaire royal, et par conséquent d’une condition bien supérieure à la sienne. Deux détails minimes, mais caractéristiques, me feraient pencher pour celte hypothèse. C’est après son mariage que Prud’hon ajouta à son prénom de Pierre celui de Paul (sans doute en souvenir de Rubens), que l’on trouve intercalé dans l’acteauthentique que nous transcrivons plus bas1. C’est aussi après \ 780 qu’il introduisit un h et une apostrophe dans son nom, qu’il avait orthographié jusque-là Prudon , comme son père. Quoi qu’il en soit, les contemporains sont unanimes à représenter cette union comme tout à fait indigne de lui, et contractée par un sentiment d’honneur en vue de réparer une faute. Je ne veux pas insister sur ce

\. C’est bien évidemment une surcharge : l’encre et récriture ne sont pas les mêmes que clans le reste de l’acte. Cependant il faut remarquer que, dans les pièces non officielles, Prud’hon prenait avant cette époque le second prénom qu’il avait adopté, car on le trouve dans son certificat de franc-maçon, daté de 1777, que je donne plus bas.

MARIAGE DE PRUDMION.

triste sujet, je préfère donner la parole à Voïart, qui a beaucoup connu Prud’hon et a certainement reçu ses confidences. 11 n’est pas probable qu’il ait rien exagéré, et il est aussi catégorique que possible, a Cependant, dit-il, cette sensibilité précoce qui présidait à ses conceptions pittoresques se développait encore d’une autre manière dans son âme aimante. A peine sorti de l’enfance, il conçut une passion pour un objet peu digne de le fixer. Il contracta une union mal assortie, pour réparer les torts de l’amour, et l’honneur à dix-huit ans1 eut plus de pouvoir sur sa volonté que toutes les représentations de ceux qui s’intéressaient à son talent et à sa fortune. Ce fatal hymen fut pour lui une source de chagrins qui empoisonnèrent ses plus belles années ; et lui-même, peu de jours après son mariage, présagea qu’il serait le plus malheureux des hommes; mais, doué d’une force d’âme peu commune, il se résigna, et, s’armant de philosophie et découragé, il se livra de nouveau, et avec plus d’ardeur encore, à l’art qui fut dans tous les temps sa plus douce et sa plus grande consolation2. »

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