MARIAGE DE PRUD’IION
ouvrages, ou ne voit presque point de transition entre les informes essais de l’élève et les productions achevées du maître. On trouve dans les cahiers sur lesquels il dessinait au sortir de l’école le germe de ses plus belles inventions. Son exécution meme n’a point varié depuis ses premières études, et c’est un caractère de plus qui le place à côté des grands maîtres1. » Prud’hon fut au contraire un génie tardif. Ce n’est que vers trente ans qu’il devint le grand artiste que nous connaissons et que nous admirons. Ce que l’on peut dire, c’est que, dès qu’il se fut trouvé luimême et reconnu, il se posséda complètement et qu’il arriva d’un bond à une hauteur qu’il n’a pour ainsi dire pas dépassée.
Du reste, les études du jeune peintre à Dijon furent interrompues de la manière la plus déplorable. Il avait, paraît-il, laissé à Cluny une de ces liaisons de jeune homme que le hasard noue et qu’un oubli mutuel ne tarde pas d’ordinaire à dénouer. Nous ignorons quelle raison puissante put l’engager à contracter une union mal assortie qui devait troubler et empoisonner sa vie jusqu’au bout : peut-être une promesse, peut-être davantage, car son fils Jean naquit, suivant toute vraisemblance, l’année même