LES VENDANGES
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du talent, c’est plus qu’il n’en faut pour mourir à la peine. Que voulez-vous faire avec du talent, aujourd’hui qu’il n’y a plus ni Dieu ni diable, ni roi ni cour, ni pauvres ni riches? Moi qui vous parle, vous savez que je suis tout aussi grand peintre qu’un autre; voyez mes manchettes ! » Et en disant cela, il lui montrait ses dentelles en lambeaux. Du reste, Greuze avait prévu le talent de Prud’hon. On lui prête ce mot : « Celui-ci ira plus loin que moi ; il enfourchera les deux siècles avec des bottes de sept lieues. » Prud’hon ne se laissa pas décourager par les boutades sinistres de Greuze. En 1798 il exposa, avec le dessin et la gravure de Phrosine et Mélidor > un projet de frise représentant une bacchanale. Il est vraisemblable que cet ouvrage est le ravissant dessin des Vendanges ^ que possède M. Camille Marcille, et dont /Vubry-Lecomte a fait une jolie lithographie. Vers le milieu de la composition, une femme présente une corbeille pleine de raisins à un vendangeur qui la prend et va la verser dans les paniers que porte un âne. Enhardi par les fumées du vin nouveau, le vigneron profite de l’occasion pour glisser quelques doux propos dans l’oreille de la belle enfant qui l’écoute sans déplaisir. D’autres femmes, à gauche, coupent les grappes; des enfants portent des pampres, ou, assis par terre, mangent les fruits vermeils. Cette petite