I. M. Camille Marcille possède plusieurs dessins de ces mas
carons.
est personnifiée par une femme qui s’appuie sur une petite table dont le montant représente Plutus; elle est enveloppée d’une élégante draperie verte retenue sur le bras. De la main gauche elle tient serré contre elle un coffret posé sur la table, et rempli de bijoux. Elle porte dans la main droite une corne d’or, qu’elle semble offrir aux Arts, vers qui elle tourne la tête. Au-dessus d’elle un petit Génie, tenant des deux mains une chaîne du métal précieux, gambade dans le ciel. Au-dessous se trouve le Génie de la Richesse. Il est placé entre deux cornes d’abondance pleines de joyaux ; d’une main il tient un sceptre, signe du pouvoir qu’il exerce ; de l’autre, un collier destiné à enchaîner le Plaisir. A ses côtés, on voit des pavots, symboles de la satiété que procurent les jouissances.
C’est Euterpe, la muse lyrique, qui représente les Arts. Cette gracieuse figure, qui se présente de profil, avec sa noble tête couronnée de lauriers, tournée vers le spectateur, semble marcher en pinçant de la lyre. Le Génie de la Peinture, qui se trouve au-dessus d’elle, montre d’un air railleur un tableau au Génie de la Richesse. En bas, le Génie de la Poésie médite quelque ode ; il tient un encrier et une plume et est entouré de divers attributs : une lyre pour indiquer la poésie lyrique; des chalumeaux, la poésie pastorale; une couronne de lauriers, la
poésie héroïque ; un masque, la poésie satirique ; des bluels et un papillon, la poésie junévile ; un pissenlit en graines, l’espoir qui leurre bien souvent les artistes et les poètes; une bursa pastoris , signe de l’indigence qui récompense leurs efforts.
Tout naturellement c’est Vénus qui symbolise le Plaisir. La déesse demi-nue, ailée, sa tête souriante couronnée de myrtes en fleur, présente à la Richesse, (jui se trouve vis-à-vis d’elle, un jeune satyre à ailes de papillon, qui personnifie les plaisirs des sens. Cette figure voluptueuse est l’une des mieux trouvées de l’ensemble. Ce corps jeune et souple, à demi replié vers l’enfant, forme avec lui un groupe charmant. Au-dessus on voit un Amour qui tient la ceinture de sa mère ; en bas, le petit dieu, un genou en terre, l’arc tendu, est sur le point de décocher sa flèche. Il veut voir si le cœur du riche est aussi accessible à ses traits. Près de lui sont des roses garnies d’épines qui rappellent les attraits du plaisir et les regrets qui l’accompagnent.
La Philosophie estime ligure d’un aspect sévère. Vue de face, les deux bras croisés dans sa sombre et étroite draperie, elle porte de la main droite une petite statue de Minerve, qu’elle serre contre son cœur; de la gauche, elle tient un mors comme pour inviter la Richesse à la modération. Dans le haut, on
voit le Génie de la Raison qui l’éclaire de son flam-
beau; dans le bas, celui de l’Etude qui s’appuie sur la Nature figurée par une statue en bois qui se termine en ruche ; les lis qui sont près de lui, ainsi que les roses dont un épais feuillage recouvrent les épines, nous rappellent que le philosophe doit, avant de goûter les plaisirs, écarter tout ce qui pourrait les troubler ; enfin, la marguerite indique la simplicité de ses goûts1-
Prud’hon plaça au-dessous de ces grands panneaux, et en divers endroits du salon, d’autres peintures qui simulaient des bas-reliefs. Sous la Richesse, ce sont deux enfants représentant le Commerce, qui étalent devant deux autres enfants les produits de la terre et de la mer. Des deux côtés, dans les soubassements des pilastres, se trouvent la tete de Plu tus et celle de la Fortune, dont la chevelure est agitée par le vent de l’inconstance.
Sous les Arts, on voit le Génie de la Peinture, qui dessine quelques petites filles qui lui servent de
I. Les charmantes esquisses de ces quatre pendentifs ont appartenu à M. Denon et sont aujourd’hui au musée de Montpellier. Le Louvre possède les quatre cartons de ces ouvrages. Ceux de Vénus et de Minerve sont incomplets. Ces grandes figures, avec les Génies placés au-dessus et au-dessous qui les accompagnent, ont été acquis en 1867 à la vente Laperlier.
modèles. Un de ces enfants a l’air de faire quelque remarque, tandis qu’un autre broie des couleurs. Dans les pilastres, on distingue la tète de Mnémosyne, la mère des Muses, et celle d’Apollon.
Sous le Plaisir, deux Génies, qui paraissent rassasiés de jouissances, s’appuient l’un sur l’autre. Deux autres enfants, par leur expression de bonheur décent, représentent la volupté délicate; un cinquième s’enivre en vidant la coupe fatale. De chaque côté sont les têtes de l’Amour et de la Folie.
Sous la Philosophie, le Génie de la Raison unit la Nature et la Sagesse. A leurs côtés sont placés les sectateurs de leur culte ; dans les pilastres, les têtes de Pan et de Minerve. Le bas-relief sous la glace placée entre la Richesse et les Arts représente l’union des Arts et du Commerce, symbolisés par Minerve et par Mercure, accompagnés de deux Génies : l’un compte de l’argent, l’autre présente un tableau.
Dans les deux pilastres entre les portes du jardin, se trouvent les têtes de Bacchus et de Mercure. Entre les glaces est un bas-relief qui représente les Parques : « le peintre a voulu indiquer par là que le temps passe, la vie s’écoule et la vieillesse arrive, et que dans l’intervalle nous devons jouir1. » Dans les
1. Le passage entre guillemets est de la main de Prud’hon. — On possède une lithographie anonyme qui reproduit probablement
pilastres, on voit la tète du Temps et celle de la Vieillesse. Les deux bas-reliefs sur les côtés représentent, l’un, deux Pégases conduits par deux Génies qui s’abreuvent à la fontaine d’Hippocrène ; l’autre, deux Sphinx, symboles des mystères de la nature ; un enfant ailé est occupé à faire des recherches; un autre semble avoir fait quelque découverte.
Les quatre ravissantes compositions peintes en grisaille au-dessus des portes sont bien supérieures, selon moi, aux autres parties secondaires de la décoration. Le Matin est représenté par une femme enveloppée dans une sorte de robe de chambre et encore coiffée pour la nuit. A demi étendue sur un canapé, elle lit avec une profonde attention ; deux enfants, appuyés au dossier du meuble, la regardent en chuchotant. Dans le Midi, c’est une femme au bain, dans une attitude voluptueuse et charmante. Deux enfants accroupis près d’elle font de la musique : l’un tient un livre ouvert et chante, l’autre l’accompagne en jouant de la flûte. Vénus à sa toilette personnifie le Soir. Vue de dos, à demi-couchée, le haut du corps nu, elle ajuste sa chevelure. Un enfant tient un miroir devant elle; l’Amour assis h ses pieds l’éclaire
cette composition, que je n’ai pu retrouver dans le salon de l’hôtel Rothschild et que Prud’hon a reprise dans son projet de fronton pour l’Hôtel-Dieu.
de son flambeau. Pour la Nuit, c’est encore Vénus. Elle est profondément endormie, le bras replié sur l’oreiller, la tête penchée sur l’épaule. Deux Amours sont couchés auprès d’elle. Au second plan, perchés sur un meuble, deux colombes se becquètent. Les quatre pendentifs principaux et les quatre dessus de porte, exécutés sur bois, sont de grandeur naturelle.
J’ai tenu à donner une idée un peu complète d’un ouvrage aussi considérable, formant un tout ingénieusement lié, et qui, malheureusement, n’existe plus dans son intégrité. Les quatre grands panneaux ont été détachés et transportés au château de Schlechsdorf, appartenant à M. Anselme de Rothschild. Quelques-uns des autres morceaux, entre autres les quatre dessus de porte, sont encore en place. Mais le magnifique salon de l’hôtel Saint-Julien est transformé en salle d’attente pour les bureaux d’une société industrielle, et encombré de cloisons qui ne permettent pas d’approcher des peintures. Les fenêtres sur le jardin sont obstruées par des constructions extérieures, de sorte que l’obscurité est presque complète. Ce grand travail méritait certes un autre sort. Prud’hon a fait sans doute des ouvrages plus étudiés et plus châtiés. Les peintures de l’hôtel Saint-Julien sont traitées en décoration. Ici, comme dans d’autres occasions, l’artiste, se fiant à son
savoir et à son étonnante mémoire, a trop négligé le modèle. Mais ses incorrections et ses négligences n’ont jamais rien de choquant, et Prud’hon a répandu à flots dans la plupart des motifs dont il a orné cette salle tous les trésors de sa riche et poétique imagination 1 .
M. de Lanois fut sans doute satisfait de ces peintures, car il demanda à Prud’hon de décorer un autre salon de son hôtel. L’artiste fit les projets de frises représentant les quatre Saisons. Ces dessins furent exposés au Salon de 1799. Occupé déjà selon toute vraisemblance de son plafond du Louvre, Diane implorant Jupiter , Prud’hon confia à M. Dubois décorateur, l’exécution de ces ouvrages. Ces peintures qui étaient, dit-on, fort médiocres, ont disparu. Ce sont donc les dessins seulement et la description que nous en a laissée Bruun-Neergaard qui peuvent en donner une idée2.
Dans le Printemps „ des jeunes filles sont occupées à parer de fleurs la statue de Priape. Un Amour
1. Les quatre grands panneaux et les quatre dessus de porte ont été lithographiés par Boilly.
2. Ces importants dessins appartenaient, en 1801, à Bertrand, l’ami de Prud’hon; ils passèrent ensuite aux mains de Bruun- Neergaard et furent vendus, le 29 août \ 81 j-, avec les autres objets d’art de cet amateur. Le marquis Maison les a possédés pendant
s'appuie sur un lion, qu’un autre enfant précède en pinçant de la lyre ; un troisième fait voler des oiseaux attachés à un fil ; un satyre poursuit une nymphe et l’agace en lui jetant des fleurs; un autre chevauche un faune qu’entourent des enfants; sur un char traîné par Zéphyre, on voit le Printemps couronnant l’Amour. Deux jeunes filles lutinent un autre Amour qui porte une corbeille de fleurs. Les Grâces dansent autour de deux amants qui se jurent fidélité devant l’image du dieu, et qui sont accompagnés de la Fidélité et de la Constance.
IJ Eté est symbolisé par une scène de moisson. Près de la statue de Cérès, qui tient une gerbe et une faucille et à qui une famille de villageois vient offrir les prémices de ses récoltes, des hommes sont occupés à couper et à lier le blé; trois enfants regardent un nid d’oiseaux qu’on vient de leur donner. Plus loin on voit des femmes qui apportent aux travailleurs leur repas; l’un deux, accablé de chaleur, boit à même une bouteille que son camarade veut lui
plusieurs années. Ils font aujourd’hui partie de la riche collection de M. le duc d’Aumale. — M. Camille Marcille possède des peintures de Y Été et de quelques parties des sujets de Y Automne et de Y Hiver. Ces ouvrages seraient, dit-on, de la main de M. Dubois, grand prix de Rome et frère du décorateur qui avait exécuté les projets de Prud’hon dans la seconde salle de l’hotel Saint-Julien.
arracher. Un jeune enfant accompagne sa mère; ie chien de la maison le caresse, pour avoir sa part du pain qu’il tient à la main. On aperçoit dans un enclos deux paysans qui foulent le blé et un troisième grimpé sur un arbre pour voir des femmes qui entrent au bain.
Dans \' Automne, un satyre s’efforce de relever une femme nue qui paraît ivre. Deux autres femmes en soutiennent une troisième qui tient une coupe dans laquelle une jeune fille verse du vin. Un enfant à cheval sur un bâton, et un satyre soutenant une bacchante qui presse une grappe de raisin au-dessus de sa bouche, sont précédés de personnages qui les animent du son de leurs instruments. Une femme verse à boire à un satyre accompagné de deux jeunes femmes. Vient ensuite Bacchus assis sur un char traîné par deux tigres et poussé par des enfants ; l’Amour appuyé sur la Lubricité élève sa coupe ; enfin, cette composition très-complexe renferme encore cinq ou six épisodes qui se rapportent au sujet.
La composition de Y Hiver est plus simple. Des jeunes gens, accompagnés de leurs chiens, reviennent de la chasse. Quatre petits garçons et deuj fillettes jouent avec une jeune femme à la main chaude. Autour d’une table abondamment servie, et
sur laquelle on voit les statues de Momus et de 1 Amour, sont assis de joyeux convives servis par des femmes. Une jeune fille fait danser des amoureux au son de son hautbois; un peu plus loin deux autres amants s’embrassent ; deux femmes avec
qui un jeune homme s’entretient travaillent auprès du feuJ.
Ah ! puissance de la mode ! ces allégories sans fin, tous ces raffinements et ces symboles qui rappellent les imaginations de Mlle de Scudéry, nous paraissent ridicules et nous excèdent. Nos pères les aimaient. Piud hon y trouvait des motifs appropriés
I . Prud’hon a fait une autre suite de Saisons personnifiées par des figures de femmes. Quoique je n’aie aucun renseignement précis à cet égard, je crois qu’on peut affirmer que ces charmantes peintures, très-connues par les lithographies de Boillv étaient destinées à la décoration d’un appartement, et, en se fondant sur les rapports de style et sur la nature des sujets, qu’elles ont élé exécutées à la même époque à peu près que celles de l’hôtel Saint-Julien et sous l’influence des mêmes idées. Le Printemps e st symbolisé par une femme vêtue d’une gaze blanche, qui tient des fleurs dans ses deux mains; l 'Été, par une femme, la tête, le haut du corps et les jambes entourés d’une gaze verdâtre, qui porle une gerbe sous chacun de ses bras; V Automne, par une femme vêtue d’une gaze blanche, et le bras droit levé, qui tient de la main du même côté une grappe de raisin, de la gauche un thyrse; autour de son corps et de sa jambe gauche flotte une écharpe violette; Y Hiver enfin, par une femme, la tête et le corps enve-