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LE TRIOMPHE DE BONAPARTE

à son talent, et il est bien regrettable qu’il n’ait pas exécuté ces importantes compositions.

Cependant Bonaparte était revenu d’Italie. Sa jeune gloire enflammait tous les cœurs ; la paix paraissait rétablie. Prud’hon s’occupa, dans ce premier moment de joie et d’enthousiasme, de quelques sujets relatifs aux événements contemporains. C’est en 1801 qu’il exposa un dessin de la plus belle execution, représentant le Tviomphe de Boiicipcivte ou ici Paix. Bonaparte, en costume de premier consul, est debout sur un char magnifiquement orné, entre la Victoire,

loppés d’un grand manteau noir, les jambes d’une étoile brune, et dont on ne voit que les yeux.

Ces quatre figures, trois quarts nature, ont appartenu à MM. Lapeyrière, et comte de Panisse. Adjugées en 1860 a M. Didier pour 16,000 fr., elles l’ont été en 1868 à Mlle Denain pour 33,500 fr. — Les dessins pour ces quatre tableaux appartiennent à M. Oudinot, qui les tient de M. Tayer.

Les beaux dessins représentant Apollon et les Muses, divisés de manière à former cinq tableaux et qui appartiennent à M. Eudoxe Marcille, étaient probablement les croquis de peintures murales qui ont disparu. Cette suite a appartenu à Bruun-Neergaard et doit être de la jeunesse de Prud’hon. — Les dessins de trois danseuses, 1 une jouant des cymbales, la seconde du triangle, la troisième du tambour de basque, que possède M. Camille Marcille étaient peut-être des modèles de statuettes destinées à orner un surtout de table. Ces trois figures, comme la suite d 'Apollon et les Muses, ont été lithographiées par Boilly.

qui porte le rameau d’olivier, et la Paix, qui tient des fleurs et des fruits. Les Muses entourent le char; l’une d’elles précède ses compagnes en jouant de la lyre. Des enfants qui symbolisent les jeux, les ris, les plaisirs, gambadent en chantant en avant des chevaux. Les Arts, représentés par des femmes drapées, suivent et ferment le cortège. Prud’hon espérait sans doute peindre cette composition si grandiose malgié ses petites dimensions. Il en avait fait une esquisse importante qui fait vivement regretter qu’il n’ait pas donné suite à ce projet. Elle est enlevée avec une verve, une franchise, une hardiesse, une übeite de main, qui etonnent chez un peintre dont 1 exécution est plutôt harmonieuse que puissante1.

Prud’hon fit encore à cette époque le projet d’une colonne monumentale, à la gloire des armées françaises. Lest a M. Anatole de Montaiglon que nous devons la connaissance de cet ouvrage, et nous ne pouvons mieux faire que de transcrire la plus grande paitie de la note intéressante qu’il a publiée sur ce sujet. « La colonne de la place Vendôme, dit-il, est consacrée à l’honneur de la seule campagne d’Auster-

1. Elle appartient a M. Durand-Ruel. — Bruun-Neergaard possédait le dessin de cette belle composition dont, raconte-t-il, d avait donné l’idée à Prud’hon. — Ce dessin appartient aujourd’hui à M. le duc d’Aumale, venant de la collection Maison.

litz. Mais l’idée d’élevcr une colonne monumentale à la gloire de nos armées est bien antérieure, et c’est la transformation de cette idée qui a produit le monument que nous admirons aujourd’hui. Quant au dessin de Prud’hon, il fut fait en vue du concours ouvert sur le premier projet. Le beau dessin de colonne que M. Bérard possède de Pruddion est, comme toujours, sur papier bleu et dessiné au crayon noir, lavé d’encre de Chine et rehaussé de blanc; seulement , comme il était destiné à être montré, Prud’hon l’a fait d’un crayon moins gras et l’a terminé avec plus de finesse et de soin que si ce n’eût été qu’une esquisse à son usage. Mais de plus il offre au verso une longue notice autographe qui explique les intentions du projet et détaille le sens de ses diverses parties. Elle porte tout entière la marque des idées du temps et n’en est pour cela que plus curieuse.

a An IX de la République (1801). — Projet de colonne départementale élevée à la gloire des braves morts dans les guerres de la liberté.

« Quatre grands fleuves, le Nil, le Pô, le Rhin et le Danube, placés sur le soubassement du monument élevé à nos braves, désignent les pays qui ont servi de champ à leur gloire. Sur les quatre faces, des bas-reliefs représentant : le départ et le débarque-

ment en Egypte, leur entrée en Italie, le passage du Rhin et leur entrée en Allemagne, la traversée du Danube et la fuite des impériaux.

u La force et la supériorité de courage qui leur ont constamment assuré la victoire sont marquées par les emblèmes de ces vertus guerrières; des Victoires personnifiées placées aux quatre angles du sarcophage en sont les résultats, et des trophées, assemblages des dépouilles des ennemis, en ornent les frontons auxquels sont suspendues des couronnes civiques que leur a values leur dévouement à la patrie.

a Des victoires amoncelées les unes sur les autres et séparées par des lauriers leur ont mérité les palmes et les couronnes de la gloire et atteignent à l’immortalité; elles forment la colonne que la reconnaissance nationale a érigée à leur mémoire, et son chapiteau, composé de palmes étreintes par une couronne d’étoiles, est surmonté de l’Immortalité, sur la base de laquelle sont écrits ces mots : Gloire. Force. Courage. Persévérance.

« Inventé et dessiné par Pierre-Paul Prud’hon.

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