‹ Prud'honChapitre 116 sur 201 · COLONNE · texte numérisé non relu

COLONNE

« De leur tombeau s’élève le monument de leur courage. Dans leur valeur héroïque ils ont entassé victoire sur victoire, moissonné les palmes de la gloire et touchent maintenant à l’immortalité.

« Si mes lecteurs, ajoute M. de Montaiglon, avaient le dessin sous les yeux, je n’aurais rien à y ajouter; mais en son absence je suis contraint d’entrer dans quelques détails de description pour donner un corps positif à ces idées allégoriques et de préciser davantage la forme pittoresque que Prud’hon leur a donnée. Du centre d’un bassin circulaire s’élève un grand soubassement carré, relativement peu élevé, surmonté d’un piédestal carré beaucoup plus étroit et très-haut; c’est sur celui-là que porte la colonne

couronnée par une statue de femme. — Sur le premier soubassement, et par conséquent des quatre côtés du piédestal de la colonne, se voient quatre grands socles bas et larges, portant quatre statues de fleuves à demi couchés. Celui qu’on voit de face est le Nil appuyé sur un sphinx. Les deux autres qu’on voit sur les côtés sont le Pô caractérisé par un

cygne, et un troisième n’ayant qu’une urne pour emblème. De la plinthe sur laquelle ils sont couchés tombe dans toute sa largeur une nappe d’eau qui passe en quart de cercle devant des bas-reliefs sculptés sur leur piédestal. Le seul visible est celui placé au-dessous du Nil; il représente le débarque-

ment en Egypte.

« Le piédestal de la colonne se divise en deux parties et en une sorte de soubassement en forme de frise où l’on voit un aigle entre deux urnes; la partie supérieure est flanquée à ses quatre angles de Victoires. Celles-ci, placées comme au coin d’un sarcophage, forment cariatides et supportent sur leurs têtes les angles de quatre frontons, surmontés en entier d’attributs guerriers et se terminant par un trident qui porte sur la tète des Victoires. Entre celles-ci et de toute la hauteur de leurs corps se trouvent quatre tables droites, destinées à recevoir des inscriptions.

« C est du centre de ce carré formé par les quatre Irontons que s’élève la colonne : elle est divisée par des couronnes de lauriers en dix tambours couverts de bas-reliefs, représentant des Victoires et des combats équestres. Ee chapiteau, inspiré des formes que l’expédition d’Égypte venait de révéler à l’émulation des artistes, est composé de palmes; mais il devient personnel en ceci, que ces palmes espacées et plaquées contre un chapiteau uni sont retenues par une couronne d’étoiles de l’effet le plus chaimant. Ce chapiteau surmonte un petit piédestal cubique dont la seule face visible porte le mot GLOI RE, et sur lequel est debout la figure de l’Immortalité couronnée détoiles; elle est drapée et posée avec la

glace la plus exquise; elle tient une couronne de lauriers et aussi son propre symbole, le serpent se mordant la queue, que d’un geste qui relève la banalité de l’emblème elle tient comme Apollon ferait de sa lyre.

« En somme, l’effet de l’ensemble rappellerait as.^ez bien celui de la colonne du Châtelet, plus simple, mais conçu dans les mêmes idées. Cependant je crois que 1 œuvre de Prud’hon aurait à I exécution des défauts sensibles, surtout à cause de 1 importance de ses soubassements successifs; ils sont presque de la hauteur de la colonne, qui paraît

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