L'ESSOR DU GENIE
DIANE IMPLORANT JUPITER
poétique, son sentiment si personnel de la forme, sa touche moelleuse, sa couleur charmante. Ces deux enfants sont parfaits; cette composition est un chefd’œuvre de tous points1.
Le plafond de Diane , terminé en 1803, est encore plus célèbre que le précédent. Jupiter, porté sur les nuages à la gauche du tableau, accueille sa fille Diane, qui vient le supplier d’éclairer le monde pendant la nuit pour qu’elle puisse contempler les traits d’Endymion endormi sous les ombrages du mont Latmos. La scène est grande et largement conçue; mais on s’aperçoit d’emblée que Prud’hon a rompu avec les traditions de l’école. Vu en profil perdu, son Jupiter paraît plutôt paternel que divin. La chaste et charmante Diane, vêtue d’une courte tunique, son carquois sur l’épaule, qui touche familièrement d’une de ses mains le genou du maître des dieux, tandis qu’elle replie l’autre contre son cœur, est une fille tendre et confiante, qui sait que ses vœux seront exaucés. Ce groupe se détache en force sur un fond très-simple où l’on distingue à droite Iris, Vesta, Minerve, et dans une vapeur lumineuse la foule des
4. M. Camille Marcille possède une charmante esquisse et M. Eudoxe Marcille un admirable dessin de cet ouvrage qui a été gravé par Osterwald et lithographié par Poterlet et par Aubry- Lecomte.
DIANE IMPLORANT JUPITER
habitants de I Olympe, trois petites tètes d’Amours au premier plan font penser aux anges de la Vierge de Saint-Sixte. On pourrait signaler quelques taches dans cet ouvrage. Le champ en est bien vaste pour l’importance des figures. Le bras du Jupiter est trop long; la déesse noble, gracieuse, n’est peut-être pas dessinée avec une précision suffisante : elle paraît un peu vide, et c’est un reproche que l’on pourrait faire a la plupai t des personnages grands comme nature
de Prud'hon. Mais son corps est d’un galbe élégant et chai niant; la tete a au plus haut degré cette expression touchante, pénétrante, que nous retrouverons souvent dans les œuvres de l’artiste1. Ces deux plafonds, le premier surtout, mettaient Prud’hon au premier rang des peintres de son temps. Dans Minerve
et la Vérité son style n’avait pas encore toute sa force, ni sa couleur toute sa finesse. Ici toutes les qualités de son talent se trouvent réunies. L’ensemble est clair.
léger, agréable à l’œil. Sans être très-grand, le dessin