Delécluze, Louis David , p
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<( On connaissait déjà M. Prud’hon, ditM. Boutard, par de jolis dessins et quelques petits tableaux. Depuis, il s’était occupé avec succès de divers ouvrages en plafond ; mais il faut marquer cette année comme l’époque de son entrée dans la lice avec les artistes d’un ordre supérieur. L’événement lui a prouvé qu’on ne pouvait mieux choisir son temps pour une telle entreprise.
« Le débutant se produit d’abord dans un morceau du genre grave, élevé, pathétique, la Justice poursuivant le Crime (n°ft84).
« Le meurtrier a surpris sa victime durant ta nuit dans un lieu sauvage, couvert de tous côtés par des rochers qui lui semblaient inaccessibles. Il l’a laissée étendue, percée de plusieurs coups, et il
s’éloigne en cachant dans les replis de sa robe le poignard dont il a frappé; mais la Justice, qui recherche, manifeste, juge, punit les crimes, est prête à le saisir. Cette seconde partie de la composition est rendue par deux figures allégoriques planant au-dessus du lieu où le meurtre a été commis : l’une le bras étendu pour saisir et un flambeau à la main, l’autre qui tient des balances et un glaive prêt à frapper. Ce tableau doit être placé dans la salle des jugements du tribunal criminel. 11 exprime aussi bien, assurément, que le peut la peinture, les fonctions de cette
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cour. L’artiste a voulu aussi qu’il contribuât à la terreur nécessaire dont est rempli le lieu auquel il est destiné. Il n’a point cherché pour son meurtrier des formes plus belles et un caractère plus relevé qu’il n’appartient au commun des brigands. La main qui s’avance pour le saisir dans sa course est aussi d’une expression fort énergique, qui sera mieux saisie encore des habitués des audiences criminelles que de ceux du Salon.
« Le corps de l’assassiné intéresse par le caractère de la jeunesse et ceux de la beauté, remarquables surtout dans la tête. La physionomie du brigand exprime bien la férocité, l’inquiétude, la lâcheté; son mouvement, comme celui des figures allégoriques, est d’une grande vérité; les têtes de ces dernières sont bien. En général, M. Prud’hon paraît avoir étudié la tête, les mains et les pieds; il nous semble souvent incorrect dans le reste de la figure. Le genou gauche du brigand et le mouvement de son autre cuisse sous la draperie, le genou gauche et la cuisse gauche du cadavre, les épaules des figures aériennes, ne sont point exempts de reproches : partout , même dans les têtes, le dessin est plus ou moins anguleux et quelquefois rompu par le passage trop heurté des ombres à la lumière, ou perdu sous les demi-teintes; je citerai encore ici
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la cuisse droite du jeune homme mort. Le site est bien composé, bien exécuté; les elïets et les accidents de la lumière, de la lune et du flambeau, bien ménagés. On a remarqué que les couleurs des draperies sont trop prononcées, que les objets ne se voient pas aussi distinctement au clair de la lune et des flambeaux. La conséquence générale à tirer de cette observation juste est qu’il faut, autant qu’il est possible, ne prendre de lumière que celle du jour. L’excuse également bonne de M. Prud’hon, c’est d’une part que son sujet, d’ailleurs très-bien conçu, présente essentiellement une scène de nuit; de l’autre, que tout tableau étant fait pour être vu auprès d’objets éclairés par la lumière du soleil, il est indispensable que ce qu’il représente participe en quelque chose de cette sorte de lumière. Du reste, l’ouvrage annonce un heureux talent et justifie le grand encouragement dont Sa Majesté a daigné honorer l’auteur.
« Tout près de là, sous le n° 485, M. Prud’hon, passant du grave ait doux, a représenté Psyché, transportée par Zéphyre du rocher où on l’avait exposée dans la demeure de l’Amour.
a Psyché, dans les songes d’un sommeil léger, se sent emporter par un essaim de beaux enfants ailés. Elle effleure d’un mouvement rapide l’émail de la prairie. Zéphyre prend un soin remarquable de ne
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troubler en rien son sommeil : ainsi celte figure est bien endormie. La tête rappelle, en effet, celles du Corrége. Les figures d’enfants sont gracieuses et aériennes. Psyché repose très-bien , comme nous l’avons déjà dit, dans les bras de Zéphyre. Mais celui-ci ne porte sur rien; son attitude est un peu gênée. Dans ce tableau, moins que dans l’autre cependant, le dessin est anguleux et, à quelques endroits, désordonné par les effets d’ombre et de lumière, apparemment mal entendus. Ainsi la partie inférieure de la jambe gauche de Zéphyre semble, par une faute de cette nature, avancer sur la partie supérieure. La couleur, qui n’est ni celle d’un flambeau ni de la lune, tire pourtant sur le violet ; néanmoins tout l’ouvrage est d’un faire facile, d’une composition pittoresque; le dessin, d’un bon effet général.
« Enfin M. Prud’hon a, pour compléter son début, produit, sous le n° h 86, un fort bon portrait à la manière des peintres d’histoire. Dans cet ouvrage la couleur ni le dessin ne sont les mêmes que dans les deux autres, non plus que dans le plafond de la salle de Diane. La couleur moins vigoureuse, un peu faible peut-être, est aussi moins factice; il en est de même du dessin, plus coulant et de moins d’effet. L’auteur a donc un talent encore flexible; l’expérience et ses propres réflexions lui feront connaître beaucoup
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mieux, assurément, que tout ce que nous pourrions dire, ce que l’on peut, dans les grandes compositions, accorder à l’effet et ce qu’il faut réserver à la vérité1 . » Après la grande pièce la petite; après la critique sérieuse la critique satirique et légère : car on chansonna les tableaux de Prud’hon. Nous trouvons dans Y Observateur au Muséum deux morceaux qui méritent d’être conservés. Ils reflètent à leur manière, et sous une forme burlesque, le sentiment public à ce premier moment; par le fond ils se rapprochent assez de l’article du Journal des Débats .
SALON DE 1808 N° 4 8 4. — m. prud’hon.
a La Justice , devancée par la Vengeance divine, poursuit le Crime ; bonne couleur, effet de convention comme tant d’autres auxquels on ne fait pas grande attention. Dessin très-incorrect : le bras de la Justice tenant l’épée n’est nullement heureux; l’action en est forcée et hors absolument de nature. »
Air : Jeunes amants , cueillez des fleurs.
Dessinez mieux, monsieur Prud’hon,
Surtout fuyez l’allégorie;
1. Journal de l’Empire , 3 novembre 1808. Salon n° vi. Signé, M. B. (Boutard).
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Car de ces êtres de raison Le connaisseur même s’ennuie.
Vous colorez avec Grand art
Un sujet desimpie caprice;
Mais c’est méchant de votre part D’avoir torturé la Justice.