‹ Prud'honChapitre 17 sur 201 · PRUD’IION AU BARON DE JOU RS AN VAULT · texte numérisé non relu

PRUD’IION AU BARON DE JOU RS AN VAULT

las probabilités, il avait déjà été question dans leurs entretiens. Cette lettre a d’autant plus d’intérêt, qu’elle nous montre d’une manière saisissante l’ennui et le découragement qui avaient envahi l’âme de Prud’hon, et ses vives aspirations vers la lumière qu’il entrevoyait du milieu des ténèbres où il était plongé.

« Monsieur, je ne suis pas de votre sentiment : je trouve votre charmante lettre trop courte, et d’autant plus qu’il y avait déjà longtemps qu’il me tardait d’en recevoir, n’ayant pas de plaisir plus sensible que l’honneur de votre entretien, ne fût-il que d’une ligne ou d’un instant. Voulez-vous me permettre de vous dire, Monsieur, que vous me flattez un peu trop, soit au sujet du tableau que je vous ai fait, soit à celui des gravures que j’ai eu ou que j’aurai l’honneur de vous faire1. Je suis bien charmé que votre indulgence trouve passables les petits ouvrages qui sortent de ma

1 . Quelles sont ces gravures? Nous n'en connaissons aucune. Il est impossible qu’elles soient toutes perdues, et nous recommandons vivement aux amateurs de les chercher. C’est à Cluny, à Beaune et a Dijon qu’on en trouverait sans doute quelques exemplaires. — -le suppose que c’est à cette époque que Prud’hon fit une douzaine de dessins formant une Méthode de Basson dans le genre des vignettes de Moreau jeune, et qu’il avait sans doute l’intention de graver. Dans ces petits ouvrages le musicien est M. de Joursanvault, qui jouait du basson avec talent.

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main ; mais qui me répondra que je ne me laisserai pas éblouir des choses trop flatteuses que vous dites en ma faveur, surtout en me les répétant à moi-môme? Je crains bien ma faiblesse, et si mon peu de mérite ne m’était bien connu, c’en serait peut-être déjà fait.

« Savez-vous que j’ai aussi une grâce à vous demander ? Toujours des grâces. Je crains bien de vous fatiguer. Mais non ; celle-ci est d’un genre soutenable : c’est de me laisser sortir de mon maudit pays après que j’aurai exécuté les ouvrages, soit peints, soit gravés, prescrits dans votre lettre. Outre que j’y perds un temps précieux que je regrette, je m’y ennuie au delà de tout ce qu’on peut dire, et je n’y puis rester plus longtemps sans prendre sur mes jours. Laissez-moi aller à Paris, Monsieur; c’est là où non-seulement je pourrai vous faire des ouvrages plus dignes de vous et de moi, mais où je serai à même de ne perdre aucun moment et de me perfectionner de plus en plus. J’oserai cependant vous demander pour ce pays-là votre protection et quelques-unes de vos connaissances, et j’espère bien que vous n’aurez pas à regretter de m’avoir accordé l’un et procuré l’autre. Voici quelles seront les études que j’y ferai plus particulièrement. J’y dessinerai beaucoup : 1° d’après l’antique, pour prendre de belles formes; l’anatomie, pour en connaître la précision;

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