PR U D’ II ON AU BARON DE JOURS AN VAULT
d’après nature, pour en saisir les finesses, et réunir, si je puis, le tout dans mon dessin ; 2° je comparerai ensuite l’un avec l’autre, soit pour en connaître les rapports, soit pour en démêler les défectuosités. Outre ce, je consulterai souvent les grands maîtres, tels que Raphaël, Titien, Rubens, etc., les uns pour les grâces, l’élégance du dessin, la finesse et le naturel sublime de l’expression, les autres pour l’art ravissant du coloris, la belle ordonnance de la composition, la magie du clair-obscur, etc., etc. Enfin, je tâcherai de tirer parti de tout, suivant la portée de mon génie. Qu’en pensez-vous, Monsieur? Il me tarde de mettre à exécution toutes ces choses; plus la violence de mon désir me presse, plus je m’ennuie à Cluny.
u Vous m’avez mandé ce que vous pensiez de mon tableau. Eh bien ! vous me permettrez de vous en dire aussi mon sentiment, qui n’est malheureusement que trop vrai : je ne le trouve point bien, pour ne pas dire très-mal, et même de façon qu’il n’est pas possible d’en faire rien de bon, à moins d’y mettre une nouvelle impression. Désireriez (-vous) 1 savoir plus particulièrement les défauts qui m’y ont paru? 1° Le temple n’est point bien disposé ; les colonnes,
1 . J’ai rétabli entre parenthèses les mots sautés, et mis en caractères italiques les essais de restitution des parties illisibles ou déchirées, assez nombreuses dans la correspondance de Prud’hon.
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chapiteaux, etc., les plus apparents ne fuient point assez, et, a proprement parler, on ne définit point ce que signifie cet assemblage de colonnes, de chapiteaux, de corniches, etc. ; on ne sait si c’est un temple ou autre chose. 2° Le Mercure, très-mal dessiné, est dans une pose forcée et n’a aucune expression ; ses draperies, outre qu’elles sont sèches et dures, ne peuvent se soutenir dans leur position. 3° Toutes les figures sont disproportionnées et infiniment trop grandes, quelques-unes des têtes fort médiocres, toutes les mains en sont mauvaises, soit par leur forme, soit par leur coloris ; les draperies en sont de mauvais ton, de formes maigres ou trop roides. 4° Les figures de la Prudence et Minerve sentent la statue et paraissent immobiles. 5° La Vénus est trop en arrière et n a aucune expression dans la position du corps. 6° L’Apollon : sa lyre ne peut se soutenir. 7° Le Génie n’est point d’aplomb, est trop penché en arrière ; sa tête, ses bras, son corps et ses pieds sont d’un mauvais affreux; sa tête est trop tournée ; son col est trop large et trop long ; ses épaules paraissent démanchées, etc., etc., sur ses belles proportions. 8° Le petit enfant ne se soutient pas, n’est point assez penché en avant, a la tête dans les épaules, le col trop court, le corps trop petit, les mains trop grosses, les bras de mauvaises formes, les cuisses aussi trop grosses, trop