‹ Prud'honChapitre 171 sur 201 · L’original de cette lettre appartient à M. Laperlier · texte numérisé non relu

L’original de cette lettre appartient à M. Laperlier

L’ASSOMPTION DE LA VIERGE

à celui de 182/|, un an après la mort de l’artiste 1 .

L 'Assomption de la Vierge fut commandée à Prud’hon en 18J6 par l’administration, pour la chapelle des Tuileries. On connaît cette grande page, qui est loin d’être une des meilleures compositions

de l’auteur. La Vierge, la tête couronnée d’étoiles et les bras levés vers le ciel, s’élance dans l’espace, soutenue par cinq archanges. Elle est vêtue d’une robe blanche à ceinture d’or ; une draperie bleue Hotte à la hauteur des bras et revient en avant couvrir les genoux et les jambes. Dans le fond, une multitude d’anges contemplent et adorent la mère

du Christ. On trouve certainement de grandes beautés dans cet imparfait ouvrage. Quoique trop long, l’archange à droite est élégant et charmant ;

1 • Lorsque Prud’hon mourut, le tableau d’Andromaque n’était pas achevé. 31. \oiart ( Notice , etc., p. 24) le dit d’une maniéré très-précise, et ce renseignement est confirmé par le catalogue do la vente, après décès de Prud’hon, qui porte « qu’une partie des accessoires et quelques draperies ne sont pas terminés. » 31. de Boisfremont passe avec raison, croyons-nous, pour avoir travaillé a ! Andromaque , mais il est faux qu’il en ait changé la composition, comme on l’a prétendu. Nous n’en voulons pour preuve que la délicieuse esquisse de la main de Prud’hon, qui a appartenu au

poète anglais Rogers, à 31. Van Cuyck et que l’on a revue en 18GS a la vente 3IarmonteL Le tableau appartient aujourd’hui à 31. Paradis.

L’ASSOMPTION DE LA VIERGE

son bras qui soutient la Vierge est exécuté de main de maître, et il serait facile de relever d’autres détails excellents. Cependant il me paraît incontestable que, dans ce tableau, Prud’hon est resté audessous de lui-même. L’ensemble manque de grandeur et, sous le rapport du style, laisse beaucoup à désirer. Les figures sont vides; la draperie bleue, d’un ton déplaisant, a beaucoup trop d’importance; les pieds des anges et ceux de la Vierge sont de l’effet le plus désagréable; l’exécution est flasque, sans vigueur, sans accent. En somme, il ne faut pas se le dissimuler, Prud’hon a fait là une excursion malheureuse hors de son terrain naturel, et ce tableau, qui a, du reste, beaucoup souffert, est au nombre de ses moins heureuses productions. Prud’hon ne comprenait pas ce genre de sujets. Le sentiment mystique lui fait absolument défaut. Voyez sa tête de Vierge : elle est jolie, mais c’est la tendresse, la grâce, bien plus que l’expression religieuse, qui dominent, et s’il a réussi dans ses deux admirables compositions du Christ portant sa croix pour l’imitation de Jésus-Christ et du Christ sur la croix, du musée du Louvre, c’est parce qu’il les a empreintes du caractère pathétique, dramatique, qu'il entendait admirablement.

Cependant il serait injuste de reprocher trop dure-

L’ASSOMPTION DE LA VIERGE

ment à Prud’hon les défauts de cet ouvrage : il n’en est coupable qu’à moitié, car il ne lui a été permis d’exécuter ni l’une ni l’autre des deux belles compositions qu’il avait d’abord conçues. On possède deux importants dessins du plus original de ces projets1. Marie, soutenue par une nuée de petits anges, est vue de profil et s’élance les bras tendus, vers la sainte Trinité que l’on voit à gauche, dans le haut du tableau. Dans le bas, les archanges l’adorent et la célèbrent. L’autre variante, qui représente Marie montant au ciel, soutenue par deux grands archanges avec une ronde d’anges dansant au-dessous, qui servait de base au groupe principal et dissimulait la partie la plus malheureuse de la composition, est beaucoup plus connue. C’est probablement à ce projet que Prud’hon s’était fixé, car outre un assez grand nombre de dessins il en fit trois ou quatre esquisses2. Ces figures d’enfants nus, qui ressemblent autant à des Amours qu’à des anges, il faut en con-

1 . On a revu ces beaux dessins à la vente de M. de Boisfremonl fils.

2. Deux de ces esquisses sont importantes. Elles appartiennent au Musée de Cherbourg (venant de M. Henry) et à M. Richard Wallace (venant de la vente Paul Perrier.) C’est d’après l'une d’elles qu’a été faite la gravure à l’aqua-tinta de Debucourt. — M. Marcille possède aussi une charmante petite maquette de cette composition.

L’ASSOMPTION DE LA VIERGE

vonii, alarmèrent la pudeur de la grande aumônerie, qui refusa ce projet. Le peintre, gêné, mécontent, exécuta sans entrain un ouvrage qu’il avait probablement entrepris sans beaucoup de plaisir, et dans lequel il ne pouvait pas suivre son inspiration.

V Assomption de la Vierge fut exposée en 1819 \ puis placée au-dessus du maître-autel de la chapelle des Tuileries, où elle resta jusqu’en 1848. Elle

fait partie des collections du Louvre depuis cette époque.

Nous possédons deux lettres de Prud’hon relatives à cet ouvrage, et qui fixent bien nettement la date de son exécution. Elles sont adressées à M. de Forbin, directeur des musées :

a Paris , le 17 août 1816 . — Monsieur le comte, j’ai l’honneur de vous prévenir que l’esquisse du tableau de V Assomption de la Vierge pour la chapelle du roi est terminée, et, d’après ce qui a été arrêté que l’on toucherait le premier tiers du prix de ces sortes d’ouvrages lorsqu’on en serait là, j’ose vous prier, Monsieur le comte, de vouloir bien donner des ordres pour que ce premier payement me soit fait. Je serai d’autant plus sensible à cette marque d’obli-

Page 1