‹ Prud'honChapitre 170 sur 201 · PR U D’H ON SOUS LA RESTAURATION · texte numérisé non relu

PR U D’H ON SOUS LA RESTAURATION

destiné à fournir une très-longue carrière. Il était un de ces astres qui ne parcourent qu’un petit arc du ciel et ne brillent que quelques instants de tout leur éclat. Sa nature était exquise, mais délicate. Cependant les événements publics aggravèrent sans doute l’état de choses que je constate. Prud’hon n’était pas un homme politique, tant s’en faut. Il vivait exclusivement pour et par son art. Mais on peut cependant supposer que la chute de l’empire lui porta un coup très-sensible. Dans sa jeunesse il avait embrassé avec toute l’ardeur de sa généreuse nature les idées révolutionnaires, comme nous le prouvent ses nombreux dessins républicains et les inscriptions qui les accompagnent. Puis, comme la plus grande partie de sa génération, il s’était laissé éblouir et séduire par les gloires de l’empire. C’est sous le règne de Napoléon que son talent et sa réputation avaient grandi. Il s était attaché à un régime dont il n’avait certes pas à se plaindre, et qui l’avait même assez vivement apprécié. II vit donc le retour des Bourbons avec une inquiétude et un chagrin qu’il témoigna clairement en exigeant que son fils Eudamidas, alors élève de l’École polytechnique, donnât sa démission, afin de ne pas servir la royauté restaurée. Lié avec le comte de Forbin, il ne rompit cependant pas avec l’administration, dont il accepta

ANDROMAQUE ET PYRRHUS

même quelques commandes; mais il se retira de plus en plus de la lice, et se consacra presque exclusivement aux portraits qu’on lui demandait de tous cotés, et dans lesquels il garda toute sa supériorité jusqu’à la fin de sa vie. Il revint aussi à son sujet de prédilection et lit Y Andromaque et Pyrrhus , grand tableau que l’on a revu sans plaisir à la vente de M. Laperlier1. Les éléments pittoresques en sont pourtant excellents, mais les forces de l’artiste ont trahi ses intentions. L’exécution incohérente, inégale, laisse à peine apercevoir la grandeur de la disposition, le caractère pathétique des expressions, toutes ces beautés si frappantes, si touchantes que l’on trouve dans la plupart des ouvrages de Prud’hon. M. Laperlier pense que YAndromaque avait été commandée à Prud hon par Marie-Louise, comme le prouveraient une mention du catalogue de la vente qui fut faite après le décès de l’artiste et la lettre suivante, du chargé d’affair es de l’ex-impératrice :

1. Prud hon a fait aussi une belle composition qui représente les Adieux d'Hector et d' Andromaque. Andromaque, aux pieds d’Hector armé, lui présente le petit Astyanax, qui tend les bras à son père. Un esclave pleure sur l’escalier à droite; à gauche, un vieillard est prosterné près de la statue de la déesse. Cet important dessin, a la pierre noire avec quelques rehauts de blancs, appartient à M. Chaix-d’Est-Ange.

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ANDROMAQUE ET PYRRHUS

(< icgiette infiniment, Monsieur, de n’avoir pas eu plus tôt une occasion de me rappeler à votre inteiet, et de vous informer que j’avais eu 1 honneur

de remettre à Sa Majesté l’impératrice la lettre que

vous m’aviez donnée pour elle.

« Sa Majesté apprécie vos sentiments, et m’a fait l’honneur de me charger de vous en remercier de sa part et de vous prier de lui envoyer votre tableau dès qu’il serait achevé.

« Je saisis avec bien du plaisir cette circonstance, Monsieur, pour vous renouveler l’assurance de mon bien sincère attachement, et pour vous offrir, ainsi qu’à votre aimable disciple ou collaborateur, mes vœux de bonne année pour tout ce qui peut vous rendre heureux. Veuillez être bien convaincu de leur sincérité, ainsi que de celle de tous les sentiments que je vous ai voués, et avec lesquels je vous prie de me croire, Monsieur, votre très-humble ser-

viteur.

« Ballouhey.

« Schœnbrunn, ce 8 décembre 1 81 4 1 . »

Quoi qu’il en soit, Prud’hon garda son tableau, qui ne parut pas au Salon de 1817, malgré la mention qui en est faite dans le livret. Il fut exposé

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