‹ Prud'honChapitre 181 sur 201 · PRUD’HON ET MADEMOISELLE MAYER · texte numérisé non relu

PRUD’HON ET MADEMOISELLE MAYER

En 1821, INI lle Mayer avait quarante-six ans. Elle était arrivée à cette époque pleine de périls poulies femmes où les chagrins, les inquiétudes, les contrariétés même peuvent agir d’une manière funeste sur la santé déjà profondément ébranlée, et conduire les esprits les plus fermes et les plus sains jusqu’aux limites de la folie. Depuis quelque temps, une sombre mélancolie, dont elle ne sortait que pour se livrer à des emportements sans motifs, à des accès de jalousie ou de tendresse, à une surexcitation, à une exaltation de sentiment, à une incohérence dans ses propos et dans ses manières, qui remplissaient ses amis d’une anxieuse appréhension, s’était emparée d’elle. Par moments sa raison revenait lucide et complète; mais les elforts qu’elle faisait pour cacher à Prud’hon son état maladif et le trouble de son âme ne faisaient qu’aigrir le mal et l’envenimer davantage. Cependant, si on ne regarde qu’à l’extérieur, ses vœux étaient comblés , car elle avait atteint le but poursuivi avec une si touchante et une si persévérante affection : Prud’hon était célèbre, honoré, admiré, entouré d’amis de son choix et de

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disciples dévoués. Elle menait avec lui une vie calme, retirée, consacrée au travail; cette existence laborieuse et tranquille que les gens de bien rêvent pour leurs dernières années. Une circonstance toute fortuite vint donner la forme d’une idée fixe et un corps aux vagues agitations de son esprit et déterminer sa fatale résolution.

J’ai dit que Mlle Mayer avait, à titre d’artiste, un logement à la Sorbonne, voisin de celui de Prud lion ; les apparences, au moins vis-à-vis du monde, étaient ainsi sauvées. Or, au commencement de J 821, 1 administration, faisant droit aux réclamations de la Faculté de théologie, qui demandait qu’on rendît P antique monument à sa destination première, signifia aux artistes qu’ils eussent à quitter dans un bref délai les appartements et les ateliers qu’ils occupaient1. Cet ordre consterna Mlle Mayer. A la Sor-

1. Les artistes expulsés reçurent une indemnité, comme le prouve la lettre suivante adressée probablement à un chef de division du ministère de 1 instruction publique :

« Paris, ce 17 décembre 18*21. »

« Monsieur,

« D’après une décision du conseil royal de 1 instruction publique , les personnes qui habitaient la Sorbonne et qui doivent îectvoii une indemnité de logement pour en être sorties, ne pourront toucher le montant de chaque semestre de cette indemnité qu en vertu

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