PR U D’ II ON ET LA FAMILLE FAUCONNIER
qu’il exécuta alors n’ont, laissé que bien peu de traces. Cependant M. Alfred Sensier qui a pour ainsi dire été élevé au milieu de la famille Fauconnier a donné de précieux renseignements sur cette période si peu connue de la vie de Prud’lion. Peu de temps après son arrivée, le jeune artiste vint se loger rue du Bac, dans une maison voisine de 1 ’ hôtel Vaulabelle, qui porta plus tard le n° 53 et où demeurait déjà M. Fauconnier avec qui il se lia d’une étroite amitié, a La famille, dit M. Sensier1, était composée de Jean-Baptiste Raphaël Fauconnier, entrepreneur de broderies, de sa femme Mme Fauconnier, née Anne-Louise Simon, excellente personne que j’ai parfaitement connue et qui pendant que son mari s’enthousiasmait à la philosophie de Jean -Jacques, fournissait la cour et la noblesse des splendides toilettes de dentelles dont les portraits du temps nous ont conservé les magnificences ; de Mme Simon, mère de M,ne Fauconnier, veuve de M. Simon, maître charpentier et de Mlles Nanette et Marie, sœurs de M. Fauconnier. Mlle Marie avait dixhuit ans et était fort jolie, sa physionomie régulière et fine était pétillante de grâce et de malice.
« Prud’hon trouva dans cette famille de bourgeois
1. Alfred Sensier, Le roman de Prud’hon. Revue internationale de l’Art et de la Curiosité, 15 Décembre 1869.
62 PRUD’HON ET LA FAMILLE FAUCONNIER
aisés l’accueil le plus franc, le plus secourable et se laissa aller à toute l’imprévoyance de sa nature, subissant le charme sans avoir le courage de le secouei . La maison où demeurait M. Fauconnier avait poui locataires deux autres amis rjue Prud’hon n’oublie pas dans ses lettres. J1 est permis, aujourd’hui que les années ont jeté leur voile sur ces souvenirs, de sourire sur les noms des familiers de Prud’hon, l’un
1. D après une tradition de famille que rapporte M. Scnsier, Prud lion n aurait pas parlé de son mariage à ses amis et il se serait laisse doucement aller à une attraction qui devint de jour en jour plus puissante. « Son goût pour MIie Marie Fauconnier, écrit-il, n’est point une hypothèse ni un rêve. Je ne dirai pas que Prud’hon outrepassa les bienséances et qu’il s’en ouvrit à celle qui l’attirait invinciblement; il était trop honnête homme pour donner à une jeune fille des espérances qui ne pouvaient se réaliser, mais il s oublia dans cette affection, et ce qui est avéré et prouvé, c’est que Prud’hon eut pour Marie une de ces amitiés qui, chez les jeunes gens, dégénèrent vite en tendresse et de tendresse en amour. » Sur ce dernier point je partage tout à fait l’opinion de M. Sensier. Prud’hon vivant dans l’intimité de la famille Fauconnier éprouva pour Mlle Marie une de ces affections bien voisines de l’amour que les jeunes gens ressentent très-souvent pour les sœurs de leurs amis. Les circonstances malheureuses et toutes particulières dans lesquelles il se trouvait, son caractère tendre et confiant, expliquent et rendent très-vraisemblable ce sentiment. On verra plus loin que Prud’hon écrit à Mlle Marie sous le couvert de son frère etqu’il demande avec instance un portrait qui était sans doute celui de cette jeune personne. Mais il me paraît plus difficile d’admettre son silence