CONCOURS POUR IÆ PRIX DE ROME
deux ou trois portraits qu’on m’a demandés et quelques esquisses pour me préparer au concours. J’ai vu des ouvrages de mon concurrent; il n’est pas bien à craindre pour le talent; il ne pourrait l’être que par la faveur. Adieu, mon ami, je vous embrasse de tout mon cœur. Assurez bien de mes respects votre mère et Mnie Richard. Vous aurez la complaisance de faire mes compliments à M. Sylvain et à sa femme, à Chamuffin aussi, si vous le voyez. Vous remettrez, s’il vous plaît, la lettre ci-jointe à votre sœur, que vous embrasserez pour moi. »
Après avoir été probablement encore retardé, le concours s’ouvrit enfin. Mais nous ignorons les noms et même le nombre des concurrents (qui n’étaient peut-être que deux, comme on pourrait l’induire d’un mot de la lettre précédente), ainsi que le sujet qu’ils eurent à traiter. Tout ce que nous savons de ce concours, c’est un beau trait de Prud’hon, et qui peint son cœur. Pendant qu’il était enfermé et occupé à terminer son tableau, il entendit dans une cellule voisine les gémissements d’un camarade qui ne pouvait venir à bout du sien. Prud’hon abandonne son travail, détache une planche de la cloison et termine le tableau de son concurrent. Il fit si bien que ce fut son rival qui obtint le prix. Mais touché de l’injus-
PRUD’HON A M. FAUCONNIER. 87
lice faite à Prud’hon, le jeune vainqueur avoue franchement qu’il lui doit son succès. Les états de Bourgogne réparèrent leur injustice involontaire; le prix fut donné à Prud’hon, et ses camarades, pénétrés d’admiration, le portèrent en triomphe dans toute la ville de Dijon1.
Prud’hon alla sans doute faire un séjour à Cluny et prendre congé de sa famille et de ses amis avant de se rendre en Italie. 11 revint à Dijon et en partit à la fin d’octobre pour Marseille. Mais tout conspirait contre ce voyage d’Italie tant désiré et si longtemps attendu par le pauvre artiste. Le 5 novembre il est à Marseille, d où il écrit à M. Fauconnier :
« Mon ami, me pardonnerez-vous de ne vous avoir pas écrit pendant le cours de mon voyage depuis Dijon jusqu’à Marseille? Pour me remettre en grâce avec vous je vous dirai que vous n’en êtes pas moins cher à mon cœur, que les différentes positions ou je me trouve me font souvent regretter les douces consolations que me donnait votre tendre amitié lorsque j’étais près de vous. Actuellement je suis hors de portée d’en recevoir, même par écrit, puisque mon voyage n’est pas près d’être à sa fin. Ce qu’il a eu jusqu’alors de particulier pour moi est d’avoir été