ENSEIGNE D’UN CHAPELIER
déterra dans le grenier de M. Charlon, notaire à Cluny, petit-fils du chapelier pour lequel celte enseigne fut faite par Prud’hon; car il s’agit d’une enseigne, et elle est si grossière, que les barbouilleurs qui s’adonnent à ce genre aujourd’hui la désavoueraient certainement. Qu’on se représente un panneau ayant la forme d’un cartouche : au milieu se trouve une sorte de cuve dans laquelle deux ouvriers, plus roides que des mannequins, plongent les bras et foulent le feutre. De chaque côté sont des chapeaux de toutes les formes et de toutes les couleurs ; au centre, au-dessus de la cuve, on voit une tête de satyre, au-dessus et tout à l’entour courent des guirlandes de roses. Enfin, dans le bas, se lit l’inscription dont nous conservons l’orthographe : « Chartoüj Mre chaplier, vend toutes sortes de chapeaux fins et autres ». Cette peinture appartient à M. Eudoxe M arcille. Elle est grotesque, et il faut de la bonne volonté pour apercevoir dans quelques tons argentins des chemises des deux personnages les
de Prud’hon, qu’il prépare. M. Dumont est en effet un petitneveu du curé Besson, et, au moment où il écrivait sa première lettre (1853), son père et un ami de la famille, l’abbé Lebault, le premier âgé de quatre-vingt-trois ans, le second de quatre-vingtcinq, vivaient encore et lui ont fourni ces précieux renseignements sur l’enfance et sur la première jeunesse de Prud lion.
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rudiments de la charmante couleur de Prud’hon. Mais c est une relique : c’est le premier essai d’un enfant de génie, et on ne peut le voir sans émotion.
Le curé Besson suivait avec le plus vif intérêt et une anxiété toute paternelle les travaux et les progrès de son protégé. Chaque fois que l’abbé Sigorgue, grand vicaire de M8' Moreau, évêque de Mâcon, venait à Cluny, il ne manquait pas de lui signaler les rares et précoces dispositions du jeune peintre, et les moines confirmaient ses dires et appuyaient chaudement ses recommandations. On finit par parler de Prud’hon au prélat, qui le prit sous sa protection, se chargea de lui et l’envoya à Dijon, oii il le confia à Devosge. Prud’hon avait alors seize ans.
François Devosge était un artiste de mérite et un homme plein de discernement et de cœur. Il aimait passionnément son art, et réalisa, dit-on, sa modeste fortune pour créer à Dijon une école de dessin et de peinture qu’il dirigea avec un grand succès et entretint à ses frais, pendant plusieurs années, jusqu’au moment oii les états de Bourgogne, frappés de l’importance de cette institution et des bons résultats qu’obtenait le professeur, prirent cette école sous leur protection, lui accordèrent une subvention et fondèrent un prix triennal qui consistait dans l’envoi
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à Rome du vainqueur pour une période de trois ans. Une étroite et reconnaissante amitié lia Prud’hon à son maître, comme en témoignent plusieurs lettres que nous aurons l’occasion de donner. Devosge forma plusieurs bons élèves, entre autres : Doyen, Ramey, Petitot, Granger, Gaule et Rude. Prud’hon lui doit beaucoup, non-seulement parce qu’il lui enseigna les rudiments de l’art et qu’il ne cessa de le diriger, de l’encourager, de lui servir de confident et de conseil, mais parce que le professeur presque inconnu semble avoir eu sur le style de son élève une influence décisive. Des gravures d’après les tableaux de Devosge montrent en effet des traces du sentiment si particulier, si personnel de Prud’hon, et Eugène Delacroix a remarqué avec raison que c’est une gloire d’avoir imprimé à une aussi belle imagination un caractère et comme une marque que l’on retrouve dans tous ses ouvrages *.
Les premiers essais de Prud’hon ne nous sont point parvenus, et il est probable qu’ils ne méritaient
1. Devosge mourut, en 181 1, professeur et directeur de l’école que le gouvernement impérial organisa à Dijon. Son fils, Anatole Devosge, lui succéda. Il occupa cette position pendant quarante ans, et mourut en décembre 1850. Par son testament, il fonda un prix annuel de dessin et légua à sa ville natale tous les dessins et toutes les peintures de son cabinet, entre autres un très- beau portrait de son père, par Prud’hon. ( Archives de V AH français , t. \ .)