OBSERVATION Î
(Audry. Lyon médical, 24 octobre 1887)
Mie X..., âgée actuellement de 36 ans, n'offre pas d’antécédents remarquables. Coqueiuche pendant l'enfance; à dix ans, scarlatine grave avec anasarque; céphalées pendant l'adolescence; à 16 ans, ophtalmie de nuture inconnue. |
En 1876, la malade, âgée alors de 25 ans, ayant fait un faux mouvement en levant les bras pour saisir un objet, ressentit aussitôt une violente douleur dans la colonne vertébrale. Cette douleur aurait persisté pendant quelques jours, puis disparu momentanément. Elle revint
bientôt, et, après quelques alternatives, finit par s'installer d'une façon à peu près persistante, pendant qu’un point douloureux se manifestail
secondairement du côté de l'épaule gauche.
A la même époque, äpparaissait une rétraction des muscles de la nuque qui empêchait la malade de pencher la tête en avant et coïncidait avec la localisation cervicale de la douleur rachidienne ; cette rétraction dura de juillet 4876 à octobre 4877; l’état général, jusqu'alors intacte, ayant paru s’altérer notablement, on porta le diagnostic de mal de Pott et on localisa la lésion à une vertèbre engorgée entre les deux épaules, qui correspondait au moins au maximum d’hyperesthésie.
Enfin, en août 1877, douleurs dans les reins et les hanches ; contracture des muscles des gouttières vertébrales ; puis, pendant quelques heures, la malade perdit presque totalement l’usage de ses quatre membres,
Les accidents s’atténuèrent un peu; mais la douleur rachidienne persista, rendue presque intolérable par des crises d'éternuements continus. Une nouvelle et courte poussée paralytique la laissa presque incapable de se baisser et de se relever.
A deux reprises on avait pratiqué des cautérisalions (polasse) à la suite desquelles les contractures de la nuque diminuèrent. Létiévant, qui avait vu la malade, lui prescrivit un corset de fer.
Une saison à Aix, en 1878, améliora notablement la malade; mais quelques mois plus tard, la douleur vertébrale, autrefois irrégulière, lancinante, paroxystique, devint sourde, continue.
En 1879, la malade éprouva passagèrement des troubles de l’urination. De 1880 à 1883, elle re sortit guère de son lit; puis elle commença à se lever, et le grand air, des toniques, de l'exercice et des bains achevèrent de guérir la malade, qui se trouve actuellement dans un parfait état, ne souffre plus et ne présente aucune espèce de lésion rachidienne appréciable.
OgBservarTIoN II
(Audry. Lyon médical, 24 octobre 1887)
Mie X..,, 25 ans, n'offre pas d’antécédents héréditaires. Scarlatine, rougeole pendant l'enfance. Etant très jeune, la malade, déjà extrêmement nerveuse, prenait de véritables crises pour les motifs les plus futiles.
Elle fut réglée à 16 ans ; mais la menstruation a toujours été très irrégulière; de graves secousses morales ont achevé de développer les tendances névropathiques.
En 1878, on s’aperçut par hasard que la cuisse et la jambe droite de Mie X... étaient fortement œdématiées. On peusa à une lésion phlébitique ; le gonflement s’accrut, mais deux séjours à Dieppe le firent en partie disparaître.
En 1882 apparurent des douleurs très intenses étendues à presque toute la région dorsale du rachis. Elles furent accompagnées de phénomènes pulmonaires aigus, soi-disant congestifs, sur lesquels nous
n'avons que des renseignements vagues.
en
L'année suivante, les douleurs augmentent, la jambe droite se tuméfie de nouveau, la voix s’altère, l’état général devient mauvais. On diagnostique un mal de Pott, et peu après on commence d'innombrables cautérisations ponctuées dans la région douloureuse.
En juin 188%, le membre inférieur gauche et une partie du bassin furent soudainement envahis par une rougeur qui laissa, en disparaissant, un œdème considérable. En décembre, douleurs vives dans la partie gauche du thorax; œdème au niveau de la région vertébrale douloureuse et de l'épaule droite qui devint elle-même extrêmement sensible.
Les pointes de feu sont toujours impuissantes. De loin en loin, la malade, toujours très mal réglée, a eu des évanouissements ressemblant fort à des crises d'hystérie. Un séjour au lit de six mois n’amena pas d'amélioration.
Depuis 1885, l'œdème de la jambe droite a presque disparu; celui du membre inférieur gauche va en croissant : la jambe mesure 0,52 c. de circonférence, el la cuisse, à la portion inférieure, 0,64 c.
Si on examine le dos de la malade, outre les cicatrices des 4 ou 5.000 pointes de feu qu’elle a subies, on constate l'absence totale de toute déformation rachidienne. La colonne est très sensible à la pression, surtout dans toute l'étendue de la région dorsale et des quatre dernières cervicales. L’épaule droite cst un peu sensible. La douleur est spontanée ou passagère par la pression, elle parait se rapporter à une véritable hyperesthésie dermique plutôt que cutanée; la forte pression ne la diminue pas.
Le membre inférieur gauche est envahi par un œdème dur, indolent, ressemblant à un éléphantiasis sans lésions épidermiques, respectant le pied si celui-ci est comprimé.
L'état général paraît bon actuellement, en dépit d’une anorexie complète. Il ne paraît pas exister de lésions viscérales.
La malade, qui semble évidemment très excitable, est découragée, et n'a pas été améliorée par une anesthésie. Il n’y a pas de boule ni d’aura. Pas de vomissements, corps-thyroïde et appareil oculaire intacts. Depuis le début de sa maladie, le sujet présente un tremblement très notable des doigts, tremblement rapide, presque rythmé, à ‘petit
nor
rayon, analogue au lremblement du mal de Graves, mais nlas prononcé.
OBskrvaTioN Il
(Charcot. Leçons du mardi à la Salpétrière, 18 déc. 1888)
Femme de 47 ans, autrefois paraplégie par mal de Polt; la guérison date de 20 ans. A l'époque de la ménopause, apparition d’accidents hystériques simulant un retour du mal vertébral et de la paraplégie.
Rien dans les antécédents héréditaires,
Antécédents personnels nuls ou à peu près jusqu'à l’âge de 23 ans. Quelques migraines.
Fièvre typhoïde assez grave à cet âge.
Deux ans après, début du mal de Poit et paraplégie. On l’envoic à la Salpétrière comme incurable.
En 1870, cependant, la malade est sur pied. Elle est complètement guérie, ou, du moins, paraît complètement guérie de sa paraplégie, puisqu'elle peut remplir les fonctions de domestique à la Salpétrière ; elle fait, sans fatigue, de longues courses, et ne trouve pas son nouveau métier trop pénible.
Tout a bien été pendant une période de 19 ans (1870-1889).
Il y a quelque temps, apparaissent des douleurs vives dans le dos, autour de la base de la poitrine: les jambes sont faibles et la marche pénible. M. Charcot craint un instant, avec la inalade, une récidive du mal de Pott, et consécutivement, un retour de la compression spinalc.
Les douleurs ont leur siège dans le dos, au niveau de la gibbosité ct de chaque côté de la poitrine sous forme de ceinture; ces douleurs augmentent par la flexion de la tête et du tronc en avant : les jambes sont devenues raides, la marche est réellement difficile ; dans les membres supérieurs, qu’elle meut cependant assez librement, une grande fatigue, un sentiment de faiblesse, d'impuissance motrice, surtont dans les mouvements d’élévation des bras, et, dans ces mouvements, les douleurs du dos et de la poitrine augmentent. Pas de troubles vésicaux. Pas de rièvre.
La malade exagère inconsciemment la faiblesse des membres infé-
Lopre
rieurs; ceux-ci sont réellement un peu raides, mais la résistance des divers segments du membre aux mouvements qu'on veut lui imprimer, alors que la malade s'y oppose, n’est pas moindre qu’elle ne l'était avant le 9 décembre ; de même pour ic réflexe rotulien et le phénomène du pied. Par contre, en explorant la sensibilité, on constate avec étonnement l'existence d’une anesthésie cutanée complète, absolue, totale, des membres inférieurs de l'extrémité à la racine, où elle se limite, en avant, par une ligne suivant exactement le pli de l’aine, et, en arrière, par le pli fessier inférieur.
Par conséquent, un tel examen devait dissiper les craintes que l'on
pouvait avoir au sujet d’une récidive du mal de Pott.
OBSERvATION IV
(Charcot. Leçons du mardi à la Salpétrière, 48 déc. 1888)
Le nommé M..., 24 ans, entre le 19 septembre 1888, salle Majendré. dans le service de M. Raymond, alors absent, à l'hôpital Saint-Antoine.
Passé en novembre 1888, à la Salpétrière, service de M. Charcot.
Antécédents héréditaires. — Père atteint d’une tumeur blanche au pied pour lequel il a subi l’amputation de la jambe. Mère vivante, un frère et deux sœurs bien portants,
Antécédents personnels. — A toujours été un peu faible. Il y a 3 ans, pleurésie double ayant duré 6 mois. Porte dans l’épididvme du testicule droit une induration qui semble tuberculeuse, L'examen des voies respiratoires donne des résultats négatifs au point de vue de la tuberculose pulmonaire.
Le malade est dans un état d’anémie très prononcé. A son entrée à l'hôpital, on constate les phénomènes suivants :
Le malade marche en s’aidant d'une béquille, qu'il porte du côté droit. Le tronc est tenu raide dans la verticale, la région lombaire présentant une cambruré assez forte, les jambes traînantes, surtout la droite. Ce sont les douleurs dont il souffre, et qu'il localise dans l’épine, à la partie inférieure de la région dorsale et dans la région lombaire qui commandent celte attilude.
Ro.
Ces douleurs sont très vives : elles se font sentir spontanément, et le malade les compare à la sensation que produirait une brûlure ou un vésicaloire à vif. Elles sont exaspérées, soit par la pression, soit par les moindres mouvements du tronc, et dans ces cas là sont plus fortes cncore; elles rayonnent des deux côtés du tronc, le long des fausses <ôtes et s'élendent en avant jusque dans les fosses iliaques, surtout dans la droite. Lorsque le malade est au lit, il lui est impossible de s'asseoir complètement. Tout ce à quoi il peut arriver, c'est, en s’aidant de la corde du lit, de soulever ses épaules, le tronc tient tout d’une pièce, mais ne s'élève pas au delà de 45 degrés.
Partout où s'étend la douleur spontanée, chez le malade, siège une hyperesthésie poussée au plus haut degré. Il n'est pas nécessaire d'exercer une pression forte sur les apophyses épineuses, sur les apotransverses, sur les gouttières vertébrales, pour provoquer une douleur très vive. Au contraire une pression légère, un simple frôlement suffisent pour arracher des cris au malade,
Celle hyperesthésie, bien qu’occupant sans doute les parties profondes, a plutôt son siège dans le tégument externe. Si on fait un pli à la peau, et que l’on comprime ce pli entre les deux doigts, cela suffit pour produire la douleur.
En outre, la pression sur ce pli cutané, ou même le frôlement superficicl, donne lieu à une sensation non seulement de douleur locale, mais à un sentiment de quelque chose qui monte du bas-ventre à l'épigastre, au cœur (palpitations), à la gorge {étouffements) et à la tête {battements dans les tempes), en somme absolument la sensation de l’aura hystérique.
La région hyperesthésiée s'étend, en arrière, sur quelques vertèbres dorsales inférieures, et sur toute la hauteur des régions lombaire et sacrée, de chaque côté, à droite et à gauche, sur les lombes, contourne les hanches, envahit en avant les hypochondres et les régions inguinales, la verge. Les régions ombilicale et hypogasirique sont intactes.
C’est à cette ceinture douloureuse que l'on doit attribuer la rigidité dans les mouvements du tronc, et la gêne marquée qu'éprouve le malade à marcher. Ce n'est pas la paraplégie qui donne lieu à cette démarche traïnante, puisque la résistance des divers segments
du membre aux mouvements qu'on veut lui imprimer cst énergique.
Ces douleurs rachialgiques donnèrent lieu, au début, à une erreur de diagnostic et le malade fut considéré pendant quelque temps comme atteint du mal de Pott.
Mais bientôt survinrent des altaques qui firent qu’on revint sur le diagnostic porté plus haut.
Ces attaques se sont montrécs, pendant un mois euviron, tous les soirs, entre six et sept heures, généralement après le repas.
Elles présentent les caractères suivants :
Au début, aura prémonitoire. Le malade éprouve une sensation particulière qui part du serotum, remonte à l'épigastre, à la gorge (sentiment de constriction), puis surviennent des palpitations, des batlements dans les tempes, et enfin la perle de connaissance au moment où commencent les convulsions.
Ces convulsions sont très violentes. Le lit a été mis plusieurs fois en pièces. Il faut chaque fois plusieurs personnes pour soutenir le malade qui pousse des cris affreux.
Hyperesthésie au froid et à la piqüre, sur loute la surface du corps, principalement à droile.
Les douleurs spontanées siégeant au niveau des parties hyperesthésiées s’accentuent tous les soirs, vers l'heure de l’atiaque.
Le réflexe pharyngien est affaibli à gauche; le goût très émoussé, surtout à gauche; obnubilation de l'ouïe et de l’odorat également à yauche.
I y a un double rétrécissement du champ visuel extrêmement prononcé, et aussi manifeste à droite qu’à gauche.
Pendant le séjour à la Salpétrière, les attaques cessent. Une certaine tendance à l'amélioration se manifeste. Le malade marche mieux, le sommeil n'est plus agité, comme jadis, par des rêves terrifiants.
Enfin le malade quitte l'hôpital en février, considérablement amélioré.
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