OBSERVATION V
(Thomas Savill. St-Thomas’s hospital reports. 1888-1889)
M. H..., 19 ans, domestique, entre à l'hôpital de Paddington, le 12 mai 1888. Trois médecins ont déjà vu la malade: ils lui ont déclaré qu’elle était atteinte de carie de la colonne vertébrale, qu’elle devait suspendre tout travail et rester étendue sur le dos. C'était une fille intelligente, désolée de se voir si malade, et qui avait, du reste, toutes sortes de motifs pour se bien porter. Elle se plaint actuellement d’une douleur vive dans la colonne vertébrale, augmentée par la pression. Faiblesse des muscles du dos; sensibilité à la pression à la partie moyenne de la région dorsale. Les apophyses épineuses de la dernière dorsale et de la première lombaire sont unapeu proéminentes, il existe aussi une légère incurvation latérale. Faiblesse dans la main droite et le bras droit (dynamomètre : main droite, 20; main gauche, 46) et paralysie marquée des deux jambes, surtout de la jambe droite, qui traîne lorsque la malade essaie de marcher. Elle peut se tenir debout, mais il lui est impossible de faire un pas sans être soutenue, ct, chaque tentalive augmente beaucoup la douleur dorsale. Exagération du réflexe rotulien, phénomène du pied bien marqué des deux côtés, sans rigidité nulle part. Diminution de la sensibilité sur les membres supérieur et inférieur du côté droit, sur le côté droit du tronc et de la face, abolition complète par place. Aucune paralysie faciale, ni lésion d’un autre nerf crânien. La température est toujours restée normale. Sensibilité ovarienne bien marquée des deux côtés. Règles irrégulières. Le cœur et les autres viscères sont en bon état.
A l’examen des yeux, on découvrit un léger degré d’hypermétropie (+ 1,8 D. de l'œil droit, + 1 D. de l'œil gauche), mais le fond de l'œil était normal. Cependant on constate un rétrécissement marqué des champs visuels et l'examen des couleurs révèle l'existence d’une dyschromalopsie. Ainsi, outre un rétrécissement concentrique du champ
visuel pour loutes les couleurs, on remarque un dérangement dans l'ordre ordinaire des champs visuels colorés, le champ visuel du bleu
sn 'opue
étant plus petit que celui du rouge, des deux côtés, ce qui est le con traire à l’état normal. Ces phénomènes existent dans les deux yeux, mais sont plus marqués dans l’œil gauche, côté opposé à l’hémianesthésie. Ce trouble dans les cercles colorés avait disparu à un examen suivant; mais le rétrécissement du champ visuel pour la lumière blanche existait encore au mois de février 1889.
La maladie de cette femme a commencé presque subitement, quatre semaines avant son entrée, par une douleur dans le dos. La fatigue vint ensuite et elle gardait le lit depuis une semaine environ. Aucune relation nette de traumatisme ; cependant la malade pensait avoir reçu un coup autrefois. Elle a eu les maladies ordinaires de la jeunesse; de plus, quelques convulsions, des attaques passagères de faiblesse tout le long du côté droit; mais elle n’a jamais élé alitée jusque-là. Sa mère était facile à émotionner, son père rhumatisant et excitable; mais il ny a aucun autre point REED à noter dans les antécédents.
Ce cas avait été regardé, à première vue, comme une maladie de la colonne vertébrale, car il présentait les principaux symptômes de cette affection : douleur, sensibilité, déformation de la colonne et impossibilité de marcher. Cependant la douleur et la sensibilité étaient trop généralement répandues tout le long du rachis, un léger frôlement produisait autant de douleur qu'une pression profonde; et la déformation de la colonne existait surtout dans le sens latéral. ....
..... La dyschromatopsie et l’hémianesthésie établirent clairement le diagnostic.
On sépara done complètement la malade de ses parents et de ses amis; On la soumit à un régime réconfortant, et on lui donna chaque matin une douche froide. Elle prit aussi des pilules contenant du sulfate de fer, du valérianate de zinc, de l’aloès, de la noix vomique, et on lui fit quelques électrisations. Au bout d’une semaine, la paralysie et l’anesthésie avaient complètement disparu et les douleurs étaient très diminuées. Îl restait encore ure sensibilité générale et une faiblesse dans la colonne vertébrale. On fit alors exécuter à la malade des exercices de gymnastique, on continua l'isolement, et, au bout d’un mois, elle retourna à son travail. Depuis, elle est restée en bonne santé. Elle
présente encore un rétrécissement du champ visuel (octobre 1889.