SCÈNE m
MICHEL
Moins embarrassant que tu ne le penses. J'en ai une tout trouvée.
LARBALESTRIER.
Laquelle ?
MICHEL
L'idée m'en est venue ce soir à la représentation. Cette merveilleuse diablesse de Diana Pralaire, dans son rôle d'Ingjaldaux-yeux-de-serpent, m'a tout à fait donné envie d'elle ; tu sais, une de ces envies comme de boire, à un arrêt, dans un match d'automobiles à longue distance, une bouteille frappée de Pommery et Greno extra-dry drapeau américain. J'en suis mordu ! Or, on commence à propager que tu en tiens pour elle.
IRÈNE, ironique et irritée.
Vraiment? Il en tient pour elle?
MICHEL
Oh ! pardon, Madame. Nous sommes si grossièrement gaffeurs, nous mondains. Mais voici de quoi me faire grâce : Larbalestrier, je veux te souffler cette Walkyrie.
S6 PSUKÊ
LARBALESTRIER, ton de défi.
Qu'est-ce que c'est que ce «spoom»? Et comment t'y prendras-tu?
MICHEL
Oh! point par mes mérites intellectuels qui sont le néant comparés aux tiens. Je ne parlerai pas non plus de ce que je puis avoir de physiquement agréable, sachant trop que toutes les femmes, — (s'inclinant railleur vers les dames), sauf, bien entendu, celles ici présentes, — n'ont ni goût, ni dégoût. Par l'Argent, mon cher, par l'Argent!
LARBALESTRIER.
Vraiment? Tu la crois à vendre?
MICHEL
Comme toutes les femmes! Il s'agit d'y mettre le prix. Tu ne vas pas contester, n'est-ce pas, qu'il y a, dans votre Occident, comme dans notre Orient, des marchés de belles esclaves. La seule différence c'est qu'ici ils sont plus répandus, plus disséminés, plus vastes... et pas aussi bien surveillés.