‹ Psukè; dialogue pour le théatre en un acte et neuf scènes. FrontChapitre 57 sur 71 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

est heureuse. C'est si bon de sentir ainsi les idées se superposer en végétation spontanée sous la chaleur d'une causerie !

CORNÉLIUS, continuant.

On peut expliquer dès lors de la même manière l'évolution progressive ou régressive des espèces parallèles dans la doctrine rectifiée de Darwin. Si l'on admet que l'homme en ses commencements, fut le singe supérieur dit anthropopithèque, son germe vital aurait donc trouvé depuis, dans le déroulement géologique de la terre, des conditions de plus en plus favorables à son développement?

IRÈNE

Une maison qu'on modifie sans cesse, en l'améliorant. Mais toujours la même maison, reposant sur la même assise, notre âme.

KORSOR.

Plutôt des logis dont on change et rechange.

CORNÉLIUS

De même, pour les espèces que nous nommons « disparues », ce serait parce que ces conditions n'existent plus. Leurs germes seraient

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au repos et en attente ? Tels les grands antédiluviens dont on parlait tout à l'heure ?

ERFEKSEN.

C'est cela ! Il peut y avoir en nous un prolongement de corporalité ancestrale influençant, non notre âme, qui reste intacte, mais notre corporalité individuelle et muable. Merci d'aider ainsi à la décantation de mes rêveries. — Probablement que ce n'est pas fini. Nous sommes encore si misérables dans les corps qui revêtent nos âmes. Ce sont, pour celles-ci, des habitations qui ne valent guère mieux que les cités lacustres, les terriers ou les cavernes de l'humanité préhistorique, en comparaison des demeures actuelles. Nous ne sommes pas un total accumulé d'existences antérieures; nous sommes une figuration incomplète, dans des existences successives, de ce que nous pourrions être. Notre corps n'est qu'une sorte d'usufruit pour notre âme.

LARBALESTRIER, tout à coup violent.

Vous faites des orgies de suppositions et de rêves! Vous vous usez à regarder des

ombres ! Vous vous accoudez aux fenêtres qui s'ouvrent sur de noirs horizons impénétrables I Des blagues tout cela, des fantasmes ludificatoires, des copulations avec l'atmosphère! Rien ne plaide en faveur de la survivance après la mort. Nous sommes comme cette carafe (il la saisit) : inexistante avant que le verrier l'eut formée, inexistante dès qu'on la brise, (il la jette pardessus Michel et Diana Pralaire; elle se casse bruyamment contre le mur, derrière ceux-ci.)

CHLORISE, sursautant, debout.

Ah l Qu'est-ce que c'est? J'ai peur! Diana \ Diana!

DIANA, émue.

Ce n'est rien, mon chérubin! Monsieur Larbalestrier qui casse sa vaisselle ! Il est un peu fou, tu sais.

MICHEL, irrité.

Il le deviendra tout à fait. L'occasion seule manque. (D'un ton froid et menaçant) Dis donc, Larbalestrier, si ton attaque te reprend, plus de ce côté, hein !

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CHABREVIÈRE, riant.

Ce n'était qu'un essai de démonstration scientifique. Peu péremptoire, au surplus, puisque si la carafe sacrifiée n'est plus, la forme de la carafe existe encore et demain on pourra faire la pareille. Voilà l'immortalité prouvée !

CORNÉLIUS

Le carré, le triangle existent de toute éternité, même sans aucune réalisation de carré ou de triangle.

LARBALESTRIER, se frottant le front comme pour en chasser une pensée importune.

Veuillez excuser cette vivacité^ cette colérique brutalité, Mesdames. J'ai de l'emportement dans les caves de mon être. Par moment, ça monte et jaillit comme une vague de fond. Surexcitation ! Coups de tète analogues aux coups de sang! « C'est parti sans moi », disaisje quand, petit, je voulais me justifier d'un sot mouvement de fureur.

M*"* d'AUVILLIERS, sévère.

Vous avez, mon ami, des besoins trop dramatiques.

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