‹ PsychéChapitre 106 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

m'a point semble que j'eusse encore l'air d'uneayeule. » Ces mots nedemeurerent pas sans response, et les trois amies se séparèrent en se querellant.

Cerés et Junon estant montées sur leurs chars, Venus alla faire des remonstrances à son fils; et, le regardant avecun air dédaigneux :

«Il vous sied bien, luy dit-elle, de vouloir vous marier, vous qui ne cherchez que le plaisir. Depuis quand vous est venue, ditesmoy, une si sage pensée ? Voyez, je vous prie, l'homme de bien et le personnage grave et retiré que voila ! Sans mentir, je voudrois vous avoir veu père de famille pour un peu de temps ; comment vous y prendriez-vous ? Songez, songez à vous acquitter de vostre employ, et soyez le dieu des amans : la qualité d'époux ne vous convient pas. Vous estes accablé d'affaires de tous costez ; l'empire d'Amour va en décadence : tout languit, rien ne se conclud, et vous consumez le temps en des propositions inutiles de mariage! 11 y a tantost trois mois que vous estes au lit, plus malade de fantaisie que d'une brus-

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lure. Certes, vous avez esté blesse dans une occasion bien glorieuse pour vous! Le bel honneur, lorsque l'on dira que vostre femme aura este cause de cet accident ! Si c'estoit une maistresse, je ne dis pas. Quoy ! vous m'amènerez icy une matrone qui sera neuf mois de l'année à toujours se plaindre ! je la traisneray au bal avec moy ! Sçavezvousce qu'il y a? Ou renoncez a Psiche:, ou je ne veux plus que vous passiez pour mon fils. Vous croyez peut-estre que je ne puis faire un autre Amour, et que j'ay oublie' la manière dont on les fait : je veux bien que vous sçachiez que j'en feray un quand il me plaira. Ouy, j'en feray un, plusjoly que vous mille fois, et luy remettray entre les mains vostre empire. Qu'on me donne tout à l'heure cet arc et ces flèches, et tout l'attirail dont je vous ay équipe*; aussi bien vous est-il inutile désormais : je vous le rendray quand vous serez sage. »

L'Amour se mit à pleurer, et, prenant les mains de sa mère, il les luy baisa. Ce n'estoit pas encore parler comme il faut. Elle lit tout son possible pour l'obliger à donner parole qu'il renonceroit à Psiché .

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