LIVRE SECOND
ce qu'il ne voulut jamais faire. Cytherée sortit en le menaçant.
Pour achever le chagrin de cette déesse, Psiche' arriva avec un paquet de laine aussi pesant qu'elle. Les choses s'estoient passées de ce costé-là avec beaucoup de succès. Le cygne avoit merveilleusement bien fait son devoir, et les deux sylvains le leur : devoir de courir, et rien davantage, hors-mis qu'ils dansèrent quelques chansons avec la suivante, luy dérobèrent quelques baisers, luy donnèrent quelques brins de thin et de marjolaine, et peut-estre la cotte verte ; le tout avec la plus grande honnesteté du monde. Psiché cependant faisoit sa main. Pas un des moutons ne s'écarta du troupeau pour venir à elle. Les ronces se laissèrent oster leurs belles robes sans la piquer une seule fois. Psiché repassa la première.
A son retour, Cytherée luy demanda comme elle avoit fait pour traverser la rivière. Psiché répondit qu'il n'en avoit pas esté besoin, et que le vent avoit envoyé des flocons de laine de son costé. « Je ne croyois pas , reprit Cytherée que la chose fust si facile; je me suis trompée dans mes
mesures, je le vois bien; la nuit nous suggérera quelque chose de meilleur. »
Le fils de Venus, qui nesongeoit à autre chose qu'à tirer Psiché de tous ces dangers et qui n'attendoitpeut-estre pour se raccommoder avec elle que sa guerisonet le retour de ses forces, avoit remandé premièrement le Zephire, et fait venir dans le voisinage une fée qui faisoit parler les pierres. Rien ne luy estoit impossible : elle se moquoit du destin, disposoit des vents et des astres, et faisoit aller le monde h sa fantaisie.
Cytherée ne sçavoit pas qu'elle fust venue. Quant au Zephire, elle l'apperceut, et ne douta nullement que ce ne fust luy qui eust assiste Psiché. Mais, s'estant la nuit avise'e d'un commandement qu'elle croyoit hors de toute possibilité, elle dit le lendemain à son fils : « L'agent gênerai de vos affaires n'est pas loin de ce chasteau ; vous luy avez deffendu de s'écarter. Je vous défie tous, tant que vous estes. Vous serez habiles gens, l'un et l'autre, si vous empeschez que vostre belle ne succombe au commandement que je luy feray aujourd'huy. »
En disant ces mots, elle fit venir Psiché,