‹ PsychéChapitre 24 sur 128 · LIVRE PREMIER 5l · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER 5l

s'alla promener dans les cours et dans les jardins, d'où elle considéra quelque temps les diverses faces de l'édifice , sa majesté', ses enrichissemens et ses grâces, la proportion , le bel ordre et la correspondance de ses parties. Je vous en ferois la description si j'estois plus sçavant dans l'architecture que je ne suis. A ce défaut, vous aurez recours au palais d'Apollidon, ou bien à celuy d'Armide; ce m'est tout un. Quant aux jardins, voyez ceux de Falerine ; ils vous pourront donner quelque ide'e des lieux que j'ay à décrire.

Assemblez, sans aller si loin,

Vaux, Liencourt, et leurs nayades,

Y joignant, en cas de besoin,

Ruël avecque ses cascades.

Cela fait, de tous les costez

Placez en ces lieux enchantez

Force jets affrontans la nuë,

Des canaux à perte de veuë ; Bordez-les d'orangers, de myrtes, de jasmins, Qui soient aussi géants que les nostres sent nains ;

Entassez-en des pépinières;

Plantez-en des forests entières,

Des forests où chante en tout temps

Philomele, honneur des bocages,

De qui le règne en nos ombrages

Naist et meurt avec le printemps ;

Meslez-y les sons éclatans

5a psi cul

De tout ce que les bois ont d'agréables chantres; Chassez de ces forests les sinistres oyseaux ;

Que les fleurs bordent leurs ruisseaux,

Que l'Amour habite leurs antres;

N'y laissez entrer toutefois

Aucune hostesse de ces bois

Qu'avec un paisible zephire,

Et jamais avec un satire :

Point de tels amans dans ces lieux ;

Psiché s'en tiendroit offensée :

Ne les offrez point à ses yeux,

Et moins encore à sa pensée.

Qu'en ce canton délicieux *

Flore et Pomone, à qui mieux mieux,

Fassent monstre de leurs richesses,

Et que ce couple de déesses

Y renouvelle ses presens

Quatre fois au moins tous les ans ;

Que tout y naisse sans culture ;

Toujours fraischeur, toujours verdure,

Toujours l'haleine et les soupirs

D'une brigade de zephirs.

Psiché ne se promenoit au commencement que dans les jardins, n'osant se fier aux bois, bien qu'on l'assurast qu'elle n'y rencontreroit que des dryades et pas un seul faune. Avec le temps elle devint plus hardie.

Un jour que la beauté' d'un ruisseau l'avoit attirée, elle se laissa conduire insensiblement aux replis de l'onde. Apres bien

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