LIVRE PREMIER
jusques-là à la dévorer; qu'il avoit interest pour son propre honneur de détruire cette croyance , et qu'elle luy en parloit beaucoup plus pour luy que pour elle ; quov qu'à dire la vérité, il luy fust fâcheux de passer pour un objet de pitié après avoir esté un objet d'envie. Et que sçavoitelle si ses parens n'en estoient point morts, ou n'en mourroient point de douleur? Si ses sœurs l'aymoient, pourquoy leur laisser ce déplaisir? et, si elles avoient d'autres sentimens , y avoit-il un meilleur moyen de les punir que de les rendre témoins de sa gloire ? C'est en substance ce que dit Psiché.
Son époux luy repartit : « Voila les meilleures raisons du monde; mais elles ne me persuaderoient pas s'il m'estoit libre d'y résister. Vous estes tombée justement dans les trois défauts qui ont le plus accoustuméde nuire aux personnes de vostre sexe : la curiosité, la vanité et le trop d'esprit. Je ne répons pas à vos argumens, ils sont trop subtils; et, puisque vous voulez vostre perte, et que le Destin la veut aussi, je vas y mettre ordre et commander au