‹ PsychéChapitre 35 sur 128 · P SIC. III · texte numérisé non relu

P SIC. III

nymphes et moy nous foulons aux pieds, tant ce logis en est plein ! »

Ainsi raisonnoit Psiché , sans qu'il luy fust possible d'asseoir aucun jugement certain sur ces deux personnes; il y avoit mesme des intervalles où elle croyoit que ce pouvoient estre quelques-uns de ses amans. Dans cette pensée, elle disoit quelque peu plus bas : « Ne vas point en prendre l'alarme, charmant époux! laisseles venir : je te les sacririeray de la plus cruelle manière dont jamais femme se soit avisée, et tu en auras le plaisir, fussent-ils enfans de roy. »

Ces reflexions furent interrompues par le Zephire, qu'elle vid venir à grands pas et fort échauffé. Il s'approcha d'elle avec le respect ordinaire; luy dit que ses sœurs estoient au pied de cette montagne ; qu'elles avoient plusieurs fois traversé le petit bois sans qu'il leur eust esté possible de passer outre, les dragons les arrestant avec grand'frayeur; qu'au reste, c'estoit pitié que de les ouïr appeller; qu'elles n'avoient tantost plus de voix, et que les échos n'estoient occupez qu'à repeter le nom de Psiché. Le

pauvre Zephire pensoit bien faire. Son maistre, qui avoit défendu aux nymphes de donner ce funeste avis, ne s'estoit pas souvenu de luy en parler.

Psiché le remercia agréablement, comme toutes choses , et luy dit qu'on auroit peut-estre besoin de son ministère. Il ne fut pas si-tost retiré, que la belle, mettant à part les menaces de son époux, ne songea plus qu'aux moyens d'obtenir de luy que ses sœurs seroient enlevées comme elle à la cime de ce rocher. Elle médita une harangue pour ce sujet, ne manqua pas de s'en servir, et de bien prendre son temps, et d'entremesler le tout de caresses ; faites vostre compte qu'elle n'omit rien de ce qui pouvoit contribuer à sa perte. Je voudrais m'estre souvenu des termes de cette harangue ; vous y trouveriez une éloquence non pas véritablement d'orateur, ny aussi d'une personne qui n'auroit fait toute sa vie qu'écouter.

La belle représenta, entre autres choses, que son bon-heur seroit imparfait tant qu'il demeureroit inconnu. A quoy bon tant d'habits superbes? Il sçavoit très-bien

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qu'elle avoit dequoy s'en passer : s'il avoit cru à propos de luy en faire un présent, ce devoit estre plûtost pour la monstre que pour le besoin. Pourquoy les raretez de ce

séjour, si on ne luy permettoit de s'en faire honneur ? car à son égard ce n'estoit plus raretez : l'émail des parterres, celuy des prez et celuy des pierreries commençoient à luy estre égaux; leur différence ne dépendent plus que des yeux d'autruy. 11 ne faloit pas blasmer une ambition dont elle avoit pour exemple tout ce qu'il y a de plus grand au monde : les roys se plaisent à étaler leurs richesses, et à se monstrer quelquesfois avec l'éclat et la gloire dont ils jouissent; il n'est pas jusqu'à Jupiter qui n'en fasse autant. Quant à elle, cela luy estoit interdit, bien qu'elle en eust plus de besoin qu'aucun autre : car, après les paroles de l'oracle, quelle croyance pouvoit-on avoir de Testât de sa fortune ? Point d'autre . sinon qu'elle vivoit enfermée dans quelque repaire, où elle se nourrissoit de la proye que lui apportoit son mary, devenue compagne des ours; pourveu qu'encore ce mesme mary eust attendu

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