‹ PsychéChapitre 48 sur 128 · LIVRE PREMIER III · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER III

— (J dieux immortels! s'écria Gelaste. v a-t-il des gens assez fous au monde pour soustenir une opinion si extravagante? Je ne dis pas que Sophocle et Euripide ne me divertissent davantage que quantité de faiseurs de comédies ; mais, mettez les choses en pareil degré' d'excellence, quitterez-vous le plaisir de voir attraper deux vieillards par un drosie comme Phormion, pour aller pleurer avec la famille du roy Priam ?

— Oui, encore un coup, je le quitteray, dit Ariste.

— Et vous aymerez mieux, ajouta Gelaste, e'couter Sylvandre faisant des plaintes que d'entendre Hilas entretenant agréablement ses maistresses?

— C'est un autre poinct, poursuivit Ariste. Mettez les choses, comme vous dites, en pareil degré d'excellence, je vous répondray là-dessus : Sylvandre, après tout, pourroit faire de telles plaintes que vous les préféreriez vous-mesme aux bons mots d'Hilas.

— Aux bons mots d'Hilas? repartit Gelaste. Pensez-vous bien-àce que vous dites : Sçavez-vous quel homme c'est que l' Hilas de qui nous parlons ? C'est le véritable

héros d'Astrée; c'est un homme plus nécessaire dans le roman qu'une douzaine de céladons.

— Avec cela, dit Ariste, s'il y en avoit deux, ils vous ennuycroient; et les autres, en quelque nombre qu'ils soient, ne vous ennuyent point. Mais nous ne faisons qu'insister l'un et l'autre pour nostre avis, sans en apporter d'autre fondement que nostre avis mesme. Ce n'est pas là le moyen de terminer la dispute, ny de découvrir qui a tort ou qui a raison.

— Cela me fait souvenir, dit Acante, de certaines gens dont les disputes se passent entières à nier et à soustenir, et point d'autre preuve. Vous en allez avoir une pareille si vous ne vous y prenez d'autre sorte.

— C'est à quoy il faut remédier, dit Ariste; cette matière en vaut bien la peine, et nous peut fournir beaucoup de choses dignes d'estre examinées. Mais, comme elles meriteroient plus de temps que nous n'en avons, je suis d'avis de ne toucher que le principal , et qu'apre's nous réduisions la dispute au jugement qu'on doit faire de

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