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elle nous fait rire. La tragédie nous aitache, si vous voulez; mais la comédie nous amuse agréablement, et meine les âmes aux champs Elisc'es, au lieu que vous les menez dans la demeure des malheureux. Pour preuve infaillible de ce que j'avance, prenez garde que, pour effacer les impressions que la tragédie avoit faites en nous, on luy fait souvent succéder un divertissement comique ; mais de celuy-cy à l'autre il n'y a point de retour : ce qui vous fait voir que le suprême degré du plaisir, après quoi il n'y a plus rien, c'est la comédie. Quand on vous la donne, vous vous en retournez content et de belle humeur; quand on ne vous la donne pas, vous vous en retournez chagrin et remply de noires ide'es. C'est ce qu'il y a h gagner avec les Orestes et les Œdipes, tristes fantosmes qu'a évoquez le poëte magicien dont nous avons parlé tantost. Encore serions-nous heureux s'ils excitoient le terrible toutes les fois que l'on nous les tait paroistre : cela vaut mieux que de s'ennuyer; mais où sont les habiles poètes qui nous dépeignent ces choses au vif? .le ne
veux pas dire que le dernier soit mort avec Euripide ou avec Sophocle ; je dis seulement qu'il n'y en a guère. La difficulté n'est pas si grande dans le comique : il est plus asseuré de nous toucher, en ce que ses incidens sont d'une telle nature que nous nous les appliquons à nous-mesmes plus aise'ment.
— Cette fois-là, dit Ariste, voila des raisons solides et qui méritent qu'on y réponde; il faut y tascher. Le mesme cnnuy qui nous fait languir pendant une tragédie où nous ne trouvons que de médiocres beautez est commun à la comédie et à tous les ouvrages de l'esprit, particulièrement aux vers : je vous le prouverois aisément si c'estoit la question ; mais, ne s'agissant que de comparer deux choses également bonnes, chacune selon son genre, et la tragédie, à ce que vous dites vous-mesme, devant l'estre souverainement, nous ne devons considérer la comédie que dans un pareil degré. En ce degré donc vous dites qu'on peut passer de la tragédie à la comédie, et de celle-cy à l'autre jamais. Je vous le confesse, mais je ne tombe pas