LIVRE PREMIER i m
Les coursiers de ce dieu, commençans leur carrière, A peine ont hors de l'eau la croupe toute entière, Cependant on les void impatiens du frein ; Ils forment la rosée en secouant leur crin. Phœbus quitte à regret ces humides demeures : Il se plaint à Thetis de la haste des Heures. Elles poussent son char par leurs mains préparé, Et disent que le Somme en sa grotte est rentre. Cette figure à pans d'une place est suivie. Mainte allée en étoile, à son centre aboutie, Meine aux extremitez de ce vaste pourpris. De tant d'objets divers les regards sont surpris. Par sentiers alignez l'œil va de part et d'autre : Tout chemin est allée aux royaumes du Nostre. Muses, n'oublions pas à parler du canal. Cherchons des mots choisis pour peindre son cristal. Qu'il soit pur, transparent ; que cette onde argentée Loge en son moite sein la blanche Galatée. Jamais on n'a trouvé ses rives sans zephirs : Fiore s'y rafraischit au vent de leurs soupirs. Lesnvmphesd'alentoursouvent, dans lesnuitssombreç S'y vont baigner en troupe à la faveur des ombre*. Les lieux que j'ay dépeints, le canal, le rondeau. Parterres d'un dessein agréable et nouveau, Amphithéâtres, jets, tous au palais répondent, Sans que de tant d'objets les beautez se confondent. Heureux ceux de qui l'art a ces traits inventez ! On ne connoissoit point autresfois ces beautez. Tous parcs estoientvergersdu tempsde nos ancestres ; Tousvergerssont faits parcs : le sçavoirdeces maistres Change en jardins royaux ceux des simples bourgeois, Comme en jardins de dieux il change ceux des roys. Que ce qu'ils ont planté dure mille ans encore ! Tant qu'on aura des yeux, tant qu'on chérira Flore, Les nymphes des jardins loueront incessamment Cet art qui les sçavoit loger si richement.
Poliphile et en suite ses trois amis prirent là-dessus occasion de parler de l'intelligence qui est l'âme de ces merveilles, et qui fait agir tant de mains sçavantes pour la satisfaction du monarque. Je ne rapportera}' point les louanges qu'on luy donna : elles furent grandes, et par conséquent ne luy plairoient pas. Les qualitez sur lesquelles nos quatre amis s'étendirent furent sa fidélité et son zèle. On remarqua que c'est un génie qui s'applique à tout et ne se relasche jamais. Ses principaux soins sont de travailler pour la gloire de son maistre, mais il ne croit pas que le reste soit indigne de l'occuper. Rien de ce qui regarde Jupiter n'est au-dessous des ministres de sa puissance.
Nos quatre amis, étant convenus de toutes ces choses, allèrent en suite voir le salon et la galerie qui sont demeurez debout après la fête qui a esté tant vantée. On a jugé à propos de les conserver afin d'en bastir de plus durables sur le modèle. Tout le monde a ouï parler des merveilles de cette feste : des palais devenus jardins, et des jardins devenus palais; de la soudaineté