LIVRE PREMIER r.iQ
pas de s'écarter. Ses trois amis le suivirent. Ils s'arresterent long -temps à l'endroit qu'on appelle le fer à cheval, ne se pouvant lasser d'admirer cette longue suite de beaute's toutes différentes qu'on découvre du haut des rampes.
Là, dans des chars dorez, le prince avec sa cour
Va gouster la fraischeur sur le déclin du jour.
L'un et l'autre soleil, unique en son espèce,
Estale aux regardans sa pompe et sa richesse .
Phcebus brille à l'envy du monarque françois ;
On ne sçait bien souvent à qui donner sa voix :
Tous deux sont pleins d'éclat et rayonnans de gloire.
Ah ! si j'estois aydé des filles de Mémoire,
De quels traits j'ornerois cette comparaison !
Veisaiiles, ce seroit le palais d'Apollon ;
Les belles de la cour passeroient pour les Heures.
Mais peignons seulement ces charmantes demeures.
En face d'un parterre au palais opposé
Est un amphithéâtre en rampes divisé.
La descente en est douce et presque imperceptible ;
Elles vont vers leur fin dune pente insensible.
D'arbrisseaux toujours verds les bords en sont ornez.
Le myrte, par qui sont les amans couronnez,
Y range son feuillage en globe, en pyramide :
Tel jadis le tailloient les ministres d'Armide.
Au haut de chaque rampe, un sphinx aux larges flancs
Se laisse entortiller de fleurs par des enfans ;
11 se joue avec eux, leur rit à sa manière,
Et ne se souvient plus de son humeur si fiere.
Au bas de ce degré, Latone et ses gémeaux
De gens durs et grossiers font de vils animaux,
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Les changent avec l'eau que sur eux ils répandent.
Déjà les doigts de l'un en nageoires s'étendent ;
L'autre en le regardant est métamorphosé ;
De l'insecte et de l'homme un autre est composé ;
Son épouse le plaint d'une voix de grenouille,
Le corps est femme encor. Tel luy-mesme se mouille.
Se lave, et plus il croit effacer tous ces traits
Plus l'onde contribué à les rendre parfaits.
La scène est un bassin d'une vaste étendue.
Sur les bords, celte engeance, insecte devenue,
Tasche de lancer l'eau contre les deïtez.
A l'entour de ce lieu, pour comble de beautez.
Une troupe immobile et sans pieds se repose.
Nymphes, héros et dieux de la métamorphose,
Termes de qui le sort sembleroit ennuyeux
S'ils n'estoient enchantez par l'aspect de ces lieux.
Deux parterres ensuite entretiennent la veuë.
Tousdeuxont leurs fleuronsd'herbe tendreet menue.
Tous deux ont un bassin qui lance ces trésors,
Dans le centre en aigrette, en arcs le long des bords.
L'onde sort du gosier de differens reptiles.
Là siflent les lézards, germains des crocodiles ;
Et là mainte tortue, apportant sa maison,
Allonge en vain le col pour sortir de prison.
Enfin, par une allée aussi large que belle,
On descend vers deux mers d'une forme nouvelle :
L'une est un rond à pans, l'autre est un long canal ,
Miroirs où l'on n'a point épargné le cristal.
Au milieu du premier, Phcebus, sortant de l'onde,
A quitté de Thetis la demeure profonde.
En rayons infinis l'eau sort de son flambeau ;
On voici presque en vapeur se résoudre cette eau :
Telle la chaux exhale une blanche fumée.
D'atomes de cristal une nuë est formée.
Et, lors que le soleil se trouve vis-à-vis,
Son éclat l'enrichit des couleurs de l'iris.