‹ PsychéChapitre 77 sur 128 · LIVRE SECOXD · texte numérisé non relu

LIVRE SECOXD

cadete, que j'ay une extrême envie de le sçavoir. Je me lasse d'estre un enfant et une ignorante. J'ay résolu de prier mon père qu'il me meine un de ces jours à la ville; et la première fois que Psiché se parlera à elle-mesme, ce qui luy arrive souvent estant seule, je me cacheray pour l'entendre.

— Cela n'est pas nécessaire, » dit tout haut Psiche' de l'endroit où elle estoit. Elle se leva aussi-tost et courut à nos deux bergères, qui se jetterent à ses genoux, si confuses qu'à peine purent-elles ouvrir la bouche pour luy demander pardon. Psiché les baisa, les prit par la main et les fit asseoir à costé d'elle, puis leur parla de cette manière : « Vous n'avez rien dit qui m'offense, les belles filles. Et vous, continua-t-elle en s'adressant à la jeune sœur et en la baisant encore une fois, je vous satisfera}' tout à l'heure sur vos soupçons. Vostre père m'avoit priée de ne le pas faire; mais, puisque ses précautions sont inutiles, et que la nature vous en a déjà tant appris, je vous diray qu'en eifet il y a au monde un certain peuple agréable, insinuant, dont

i-jS PSICHÉ

les manières sont tout à fait douces, qui ne songe qu'à nous plaire, et nous plaist aussi. Il n'a rien d'extraordinaire en son visage ny en sa mine; cependant nous le trouvons beau par dessus tous les autres peuples de l'univers. Quand on en vient là, les sœurs et les frères ne sont plus rien. Ce peuple est re'pandu par toute la terre sous le nom d'amans. De vous dire précisément comme il est fait, c'est une chose impossible : en certains païs il est blanc ; en d'autres païs il est noir. L'Amour ne déJaignoit pas d'en faire partie. Ce dieu estoit mon amant devant que de m'épouser; et ce qui vous estonneroit si vous sçaviez comme se gouverne le monde, c'est qu'il l'estoit mesme estant mon mary ; mais il ne l'est plus. »

En suite de cette déclaration, Psiché leur conta son avanture bien plus au long qu'elle ne l'avoit contée au vieillard. Son récit estant achevé : « Je vous av. dit-elle, conté ces choses afin que vous fassiez dessus des reflexions, et qu'elles vous servent pour la conduite de votre vie. Non que mes malheurs, provenant d'une cause extraordinaire, doivent estre tirez à conséquence

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