LIVRE PREMIER
Des trésors d'Amphitrite a revestu ces lieux. La voûte et le pavé sont d'un rare assemblage : Ces cailloux que la nier pousse sur son rivage Ou qu'enferme en son sein le terrestre élément, Differens en couleur, font maint compartiment. Au haut de six pilliers d'une égale structure, Six masques de rocaille, à crotesque figure, Songes de l'art, démons bizarrement forgez, Au-dessus d'une niche en face sont rangez. De mille raretez la niche est toute pleine : Un triton d'un costé, de l'autre une sirène, Ont chacun une conque en leurs mains de rocher; Leur soufle pousse un jet qui va loin s'épancher. Au haut de chaque niche un bassin répand l'onde : Le masque la vomit de sa gorge profonde; Elle retombe en nappe, et compose un tissu Qu'un autre bassin rend si-tost qu'il l'a receu. Le bruit, l'éclat de l'eau, sa blancheur transparente, D'un voile de cristal alors peu différente, Font gouster un plaisir de cent plaisirs meslé. Quand l'eau cesse et qu'on void son cristal écoulé, La nacre et le corail en réparent l'absence: Morceaux petrefiez, coquillage, croissance, Caprices infinis du hazard et des eaux, Reparoissent aux yeux, plus brillans et plus beaux. Dans le fond de la grote une arcade est remplie De marbres à qui l'art a donné de la vie. Le dieu de ces rochers, sur une urne panché, Gouste un morne repos, en son antre couché. L'urne verse un torrent, tout l'antre s'en abreuve; L'eau retombe en glacis et fait un large fleuve.
J'ay pu jusqu'à présent exprimer quelques traits De ceux que l'on admire en ce moite palais : Le reste est au-dessus de mon foible génie.
Toy qui luy peux donner une force infinie,
Dieu des vers et du jour, Phœbus, inspire-moy :
Aussi bien désormais faut-il parler de loy.
Quand le soleil est las, et qu'il a fait sa tasche,
Il descend chez Thetis et prend quelque relasche :
C'est ainsi que Louis s'en va se délasser
D'un soin que tous les jours il faut recommencer.
Si j'estois plus sçavant en l'art de bien écrire,
Je peindrois ce monarque étendant son empire :
Il lanceroit la foudre ; on verroit à ses piez
Des peuples abattis, d'autres humiliez.
Je laisse ces sujets aux maistres du Parnasse ;
Et, pendant que Louis, peint en dieu de la Thrace,
Fera bruire en leurs vers tout le sacré valon,
Je le celebreray sous le nom d'Apollon.
Ce dieu, se reposant sous ces voûtes humides, Est assis au milieu d'un chœur de néréides. Toutes sont des Venus, de qui l'air gracieux N'entre point dans son cœur et s'arreste à ses yeux. Il n'ayme que Thetis, et Thetis les surpasse. Chacune, en le servant, fait office de Grâce : Doris verse de l'eau sur la main qu'il luy tend ; Chloé dans un bassin reçoit l'eau qu'il répand ; A luy laver les pieds Melicerte s'applique ; Delphire entre ses bras tient un vase à l'antique ; Climene auprès du dieu pousse en vain des soupirs : Helas ! c'est un tribut qu'elle envoyé aux zephirs ; Elle rougit parfois, parfois baisse la veiie f Rougit, autant que peut rougir une statue : Ce sont des mouvemens qu'au défaut du sculpteur Je veux faire passer dans l'esprit du lecteur). Parmy tant de beautez, Apollon est sans fiàme ; Celle qu'il s'en va voir seule occupe son ame. Il songe au doux moment où, libre et sans témoins.