‹ PsychéChapitre 85 sur 128 · LIVRE SECOXD \uj · texte numérisé non relu

LIVRE SECOXD \uj

Cette sœur-cy n'avoit plusd'ëpoux. Ilestoit allé en l'autre monde à grandes journées et par un chemin plus court que celuy que tiennent les gens du commun : les médecins le luv avoient enseigné. Quoy qu'il n'y eust pas plus d'un mois qu'elle estoit veuve, il y paroissoit des-ja; c'est à dire que sa personne estoit en meilleur estât : peut-estre l'entendiez-vous d'autre sorte. Si bien que, cette puisnée estant de deux ans plus jeune, plus nouvelle mariée, et moins de fois mère que l'autre, le rétablissement de ses charmes n'estoit pas une affaire de si longue haleine : elle pouvoit bien plûtost et plus hardiment se présenter à l'Amour.

L'autre avoit des réparations à faire de tous les costez. Le bain y fut employé, les chimistes, les atourneuses. Cela estonna le roy son mary. La galanterie croissoit à veuë d'oeil, les galants ne paroissoient point. Il n'y avoit ny ingrédient, ny eau, ny essence, qu'on n'éprouvast ; mais tout cela n'estoit que plastrer la chose : les charmes de la pauvre femme estoient trop avant dans les chroniques du temps passé pour les rappeler si facilement.

Tandis qu'elle fait ses préparatifs, sa seconde sœur la prévient, s'en va droit à cette montagne dont nous avons tant parlé, arrive au sommet sans rencontrer de dragons. Cela luy plut fort : elle crûtqu'Amour luy e'pargnoit ces frayeurs par un privilège particulier, tourna vers l'endroit où elle et sa sœur avoient coustume de se présenter, et, pour estre enlevée plus aisément par le Zephire, elle se planta sur un roc qui commandoit aux abysmes de ces lieux-là.

« Amour, dit-elle, me voila venue : nostre étourdie de cadete m'a asseurée que tu me voulois épouser. Je n'attendois autre chose et me doutois bien que tu la répudierais pour l'amour de moy, car c'est une écervelée. Regarde comme je te suis des-ja obéissante. Je ne feray pas comme a fait ma sœur Psiché. Elle a voulu h toute force te voir; moy je veux tout ce que l'on veut: monstre-toy, ne te monstre pas, je me tiendray très heureuse. Si tu me caresses, tu verras comme je sçais y répondre; si tu ne me caresses pas, mon défunct mary m'y a tout accoustumée. Je te feray rire de son régime, et je t'en diray mille choses diver-

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