LIVRE SECOND ao
Ce fut beaucoup de déplaisir à Psiché de se voir exeluse d'un azile où elle auroit crû estre mieux venue' qu'en pas un autre qui fust au monde. En effet, si Cerés, bienfaisante de son naturel et qui ne se piquoit pas de beauté, luy refusoit sa protection, il n'y avoit guère d'apparence que des déesses tant soit peu galantes et d'humeur jalouse lui accordassent la leur D'y intéresser les dieux, c'estoit s'exposera quelque chose de pis que la persécution de Venus : il faloit sçavoir auparavant quelle sorte de reconnoissance ils exigeroient de la belle. Encore le plus à propos estoit-il de ne s'adresser qu'aux divinités de son sexe, tant pour empescher la médisance que pour ne donner aucun ombrage à son mary.
Junon là-dessus luy vint en l'esprit.
Psiché crût qu'y ayant quelque sorte d'émulation entre Cytherée et cette déesse, et pour le crédit et pour la beauté, la reyne des dieux seroit bien aise de trouver une occasion de nuire à sa concurrente, suivant l'usage de la cour et le serment que font les femmes en venant au monde.
Il ne fut pas difficile à nostre bergère de
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trouver Junon. La jalouse femme de Jupiter descend souvent sur terre, et vient demander aux mortels des nouvelles de son rnarv.
Psiché, l'ayant rencontrée, luy chanta un hym'me où il n'estoit fait mention que de la puissance de cette déesse; en quov elle commit une faute: il valoit bien mieux s'étendre sur sa beauté; la louange en est tout autrement agréable. Ce sont les rois que l'on n'entretient que de leurgrandeur; pour les reines, il faut les féliciter d'autre chose, qui veut bien faire. Aussi l'épouse de Cupidon fut-elle éconduite encore une fois. La différence qu'il y eut fut quecellecy se passa quelque peu plus mal que la première : car, outre les considérations de Cerés, Junon ajousta qu'il falloit punir ces mortelles à qui les dieux font l'amour, et obliger leurs galants a demeurer au logis. Que venoient-ils faire parmi les hommes ? Comme s'il n'y avoit pas dans le ciel assez de beauté pour eux ! Non qu'elle en parlast pour son interest, se souciant peu de ces choses, et ne craignant du costé des charmes qui que ce fust.
La reine des dieux ne disoit pas tout :