LIVRE SECOND 2l
Aphrodisée vescut fort long-temps et toujours heureuse, posse'dant le cœur de son mary tout entier; on luy en offrit beaucoup d'autres qu'elle refusa. Comme les Grâces estoient cause de son bonheur, elle se crut oblige'e à quelque reconnoissance envers leur déesse , et persuada à son mary de luy faire bastir un temple, disant que c'estoit un vœu qu'elle avoit fait.
Philocharez approuva la chose; il y consuma tout ce qu'il avoit de richesse ; puis ses sujets y contribuèrent. La dévotion fut si grande que les femmes consentirent que l'on vendist leurs colliers, et, n'en ayant plus, elles suivirent l'exemple de Rhodopé.
Myrtis eut la satisfaction de voir avant que de mourir le parachèvement de son vœu. Elle ordonna par son testament qu'on luy bastist un tombeau le plus prés du temple qu'il se pourroit, hors du parvis toutefois, joignant le chemin le plus fréquenté. Là ses cendres seraient enfermées, et son avanture écrite à l'endroit le plus en veuê".
Philocharez, qui luy survescut, exécuta cette volonté. Il lit élever à son épouse un
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mausolée digne d'elle et de luy aussi, car son cœur y devoit tenir compagnie à celuv d'Aphrodise'e. Et, pour rendre plus célèbre la mémoire de cette chose et la gloire de Myrtis plus grande, on transporta en ce lieu les cendres de Megano. Elles furent mises dans un tombeau presque aussi superbe que le premier, sur l'autre coste' du chemin : les deux sepulchres se regardoient. On voyoit Myrtis sur le sien, entourée d'Amours qui luy accommodoient le corps et la teste sur des quarreaux. Megano, de l'autre part, se voyoit couchée sur le costé, un bras sous sa teste, versant des larmes, en la posture où elle estoit morte. Sur la bordure du mausolée où reposoit la reyne des Lydiens, ces mots se lisoient :
Icy repose Myrtis, qui parvint à la royauté par ses charmes, et qui en acquit le surnom d'Aphrodise'e.
A l'une des faces, qui regardoit le chemin, ces autres paroles estoient :
Vous qui allef visiter ce temple, arreste^ un peu et ccoutej-moy. De simple bergère