SCÈNE V
ÉROS, PSYCHÉ
PSYCHÉ, s’élançant vers Éros.
Eros !
A qui parles-tu ?
PSYCHÉ
A loi.
ÉROS
Je ne m’appelle pas Éros.
PSYCHÉ
Qui donc es-tu ?
psïcnÉ
* ÉROS
Je te l’ai dit, un pauvre berger.
psyché. ' ' *
Un bergïfr ?
ÉROS
Ai-je l’air d’un dieu ?
PSYCHÉ
Non î tu me trompes!... Est-ce qu’il est possible qu’un autre que toi ait cette voix charmante dont l’accent a si doucement ému mon cœur? A quoi bon feindre?... je t’ai reconnu, te dis-je !... Mon cœur te voit ! mon âme te devine ! C’est toi ! toi que je pleure ! toi que j’adore! toi qui me fais mourir de douleur et d’amour !
ÉROS
Psyché !...
PSYCHÉ
Comment sais-tu mon nom ? Ah ! ton cœur est plus franc que tes lèvres... il s’est trahi !
ÉROS, à pari.
O mon serment !
PSYCHÉ
Éros ! Éros ! pardonne-moi!... N’ai-je pas assez cruellement expié ma faute? Que te faut-il encore?... Vois ces traits altérés, ces veux noyés de larmes, ces joues amaigries. Est-ce là ta Psyché?... lareconnais-tu?... Ah! si tu savais ce que j’ai souffert, seule, abandonnée, sans asile, tremblant de froid, hélas ! et traversant des déserts où la ronce et la pierre déchiraient mes pieds nus ! Tant d’épreuves ne devraient-elles pas toucher ton cœur?... Me laisseras- tu retomber au pouvoir de ce misérable? Veux-tu que Psyché dégradée paraisse tout à l’heure aux yeux de la foule, sur un charriot immonde et sous un masque hideux? Ah! tu pleures !... C’est toi, n’ est-ce pas? Je te retrouve et tu m’aimes encore?