‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 11 sur 68 · LES ESCLAVES · texte numérisé non relu

LES ESCLAVES

Voici la nuit propice à Tesclave, la nuit

Douce au corps fatigué, douce à l'homme qui fuit;

La nuit qui du travail délivre tous les êtres,

Et qui vient à son heure^ et qui brave les maîtres.

Son pied, jusqu'au raatiu^ se pose comme un sceau

Sur les rudes outils étalés en monceau.

Quand aux plis de sa robe un esclave se cachet

11 demeure invisible, et nul ne l'en arrache.

Les rêves sur ses pas montrent lem's fronts aimés :

Elle arrête un moment les bras de fouets armés.

ténèbres I Tesclave en son cœur vous implore^

Relardez bien longtemps, ohl retardez l'aurore!

PSïCHÉ.

Les esclaves, rentrés dans les antres profonds. Avec les gardiens, dorment dans leurs prisons. L'ombre a couvert mes pas ; ma trace est inconnue. Près du fleuve cherché me voilà parvenue.

C'est assez de douleurs. Je ne tenterai pas La fuite et le désert; la faim suivrait mes pas. L'horrible faim. La mort, qu'à mon aide j'appelle, S'ofifre à moi sur ces bords plus prompte et moins cruelle.

Elle marche, et déjà sous ses pieds a frémi

Le flot dans les roseaux et les joncs endormi;

Et s'avançant toujours : « Finis mon temps d'épreuve;

Poiu» jamais dans ton sein reçois mon âme, ô fleuve!

Les sources m'ont fait voir, en leur limpidité.

Mes yeux creux, mon cou hâve, et mon front sans beauté.

J'ai reculé d'horreur devant ma propre image,

Sous le masque hideux qu'y posa l'esclavage!

Sur mes membres, flétris de haillons et de coups. Répands tes flots sacrés ; ton sable frais et doux Offre un lit ondoyant qui calme et purifie.

Au corps Yil de Tesdave; à toi je me confie.

Je ne veux plus souffrir le froid, le soleil lourd. Le fouet sanglant du maître, impitoyable et sourd. Aux sauvages tribus qui travaillent la pierre, Préparant tous les Jours leur pâture grossière, Je'n'apporterai plus les aulx et les oignons, A travers le concert des malédictions ; Car la haine au regard sinistre, au parler rude. Règne entre les captifs avec la servitude.

J'abandonne ma vie à tes flots incertains.

Si mes songes sont vrais, s'il est des bords lointains Où, comme les oiseaux, innocente et joyeuse, Je vécus autrefois sur une terre heureuse.

Prends-moi. Si tu connais le chemin du retour. Porte, ob ! porte mon corps vers ce pays d'amour. Ou d'un lit éternel dote-moi sur ta rive.

Déjà Fonde atteignait sa ceinture, et plus vive Déjà la soulevait. Les joncs et les roseaux Plus rares annonçaient la profondeur des eaux; Mais la voix du courant, de plus près entendue. L'arrête, et sur le bord la rejette éperdue.

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