‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 10 sur 68 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

ARGUMENT

Ik Y1E TKBB^STRE OU LJEXPUTION,— LA SKRIR PIS EPaKUTES. •— LES OIVEKS ÂQEB PB L'HUTOiaE.

I. Psyché au désert, -• Après la faute d'Eve, Dieu maudit li terre, dit la Bible. La natura est devenue l'ennemie de l'tiomnie, qui dans ces piemiers temps est vaincu par elle, «^ En proie aux douleurs do la faim, exposée à la rage dos bêtes fauves au milieu des sables torrides ou des forêts glaciales, la. veuve de l'idéal. Psyché, rejetée du sein do VAmour, "perd presque entièrement dans les souffrances du corps le touvanir de l'époux mystique. — Après la chue, rol>scurcissoinept de la Té rite est presque complet. — État sauvago; les premiers arts matériels ne sont pas encore inventés. — Dieu ne cessa pas néanmoins de veiller sur l'âme. Eros, resté invisible, garantit Psyché des dangers de ce voyage à travers la nature vierge et la barbarie primitive.

II. Psyché, victime humaine. — Les premières sociétés barbares. — Les religions de sang et de ténèbres. — Le souvenir des révélations de rÉdefa s'est effacé. — L'humanité déchue reçoit ses premiers dieux

de la terreur; elle le prosterne devant des idoles monstmeuses. — Prise par une tribu 4e chasseurs, Psyché est réservée comme la plus précieuse victime d'une hécatombe humaine ; elle va monter sur le bûcher, lorsqu'elle est délivrée à la suite d'un combat des peuples no« mades. ^ Les nationalités commencent à se former soos ces dieux exclusif et sanguinaires; tout étranger est ennemi, tout ennemi doit mourir.

m. Psyché, esclave. ~ Premières sociétés régulières; premières villes. — L'étranger n'est plus condamné à mourir; la vie matérielle lui est conservée, mais il est esclave ; il est exclu du temple et de la cité. •— Psyché prépare la nourriture grossière des captifs qui constmisont Babylone. — Chant des esclaves bénissant la Nuit, divinité de l'oubli et du repos. ~ Un souvenir du bonheur antique et de l'apparition de l'idéal s'est réveillé dans l'âme de Psyché. — Écrasée par la servitude, elle veut chercher un refuge dans la mort. ~ Ses lamentations au bord du fleuve. —Mais la nature, par toutes ses voix, lui conseille de vivre. — L'humanité commence i recevoir de la nature une révélation meilleure, à y puiser le sentiment du bien.

IV. Psyché en Egypte. — Commencement des temps historiques. — Fin des religions de la nature; renaissance de la tradition spiritualiste. — Invention des arts et des sciences. Commencement de la domination de l'homme sur la nature et de l'exploitation réguUère du globe« — Satisfaction des besoins du corps. — Servitude religieuse. — Dans ce premier apaisement des besoins physiques, et sous l'empire d'une théocratie dépositaire d'une grande tradition, le sentiment de l'idéal se réveille et se manifeste plus clairement. — L'Egypte initiatrice de l'Occident. — Psyché, employée au service des temples, retrouve dans son cœur le souvenir d'Éros ; l'époux mystique lui apparaît dans ses rêves avec un divin sourire. — Elle fuit les dieux monstrueux de l'Egypte pour chercher ce dieu plus jeune, plus libre et plus beau.

y. La Grèce orphique et sacerdotale. — Psyché, dans sa fuite d'Egypte, a fait naufrage ; elle est recneinie dans un temple de la haute Grèce. — Consacrée à la déesse, elle connaît une divinité plus élevée et plus douce, une divinité à forme humaine. — L'homme étant un être successif, la révélation de la vérité religieuse est ainsi successive. Avant de posséder l'idéal, l'humanité est obligée de traverser plusieurs religions oà la vérité divine se dégage de plus en plus. Les voiles sont arrachés l'un après l'autre ; les symboles deviennent plus transparents. — Psyché, qui aperçoit chaque jour plus clairement dans sa pensée la radieuse figure de l'époux, s'enfuit pour jamais du temple malgré l'effort du prêtre pour la retenir violemment. ~ L'auathème

des vieilles religions idolâtriques impuissant devant l'appel de l'idéal.

— Psyché, disciple émancipée du sacerdoce, a emporté la lyre sacrée.

VI. Les temps héroïques et la Grèce d'Homère. — Émancipation de la poésie et des arts. — Psyché aux jeux Pythiques ; elle y remporte le prix du chant. — Son hymne, en célébrant Apollon, chante, à travers les symboles helléniques, l'évolution de l'âme humaine et ses destinées célestes. — Psyché cède la couronne au chanteur aveugle.

— Hommage de l'esprit humain au génie de la Grèce. — Psyché ne sera plus enfermée dans un temple; elle poursuivra librement la recherche de l'époux divin.

Vn. Psyché à Sunium. — La Grèce philosophique. — Liberté complète de la pensée humaine ; l'homme choisit entre les traditions, et les interprète selon la lumière intérieure. — Dialogue de la veuve d'Ëros avec le sage des sages. — Le beau, splendeur du vrai et souverain mobile de l'&me ; par lui elle est emportée vers Tidéal et remonte jusqu'au dieu qu'elle a perdu.

Vm. Psyché, reine. — Accomplissement des destinées terrestres de l'humanité. — La nature extérieure domptée par la science, mais par une science mêlée d'inspiration et d'amour analogue à la science intoitlTe des premiers âges. — La charrue de l'homme a labouré dans tous les sens le double domaine terrestre et intellectuel. L'âme a obtenu et épuisé tout ce que ce monde peut lui donner de bonheur et de himière. — C'est alors que le désir d'idéal et d'infini se réveille plus dévorant que jamais. — Tristesse divine de Psyché à travers son existence royale. — Ardente invocation à l'époux mystique. Cri de l'âme saturée des biens de la terre vers Dieu et les biens infinis. — Toute la création s'associe aux immenses aspirations de Ps^hé. Déchue avec l'âme, la nature pressent aujourd'hui comme elle la réhabilitation prochaine. — Tous les êtres ont connu le besoin d'union avec Dieu; l'attente de l'infini les fait tous tressaillir. — L'océan palpite ; les forêts tressaillent; les lions vont atteindre la proie inconnue qu'ils poursuivent éternellement sur la montagne. Le Sphinx du désert va révéler l'énigme qu'il garde depuis le commencement sur ses lèvres fermées. — Mais ce n'est pas dans cette vie et sur ce globe que l'ineffable union peut s'accomplir. Brisée par le désir de l'infini, Psyché,.dans un élan d'amour surhumain, expire en appelant Éros. Le cercle de l'épreuve est parcouru; l'expiatioa est consommée.

Ce n'est plus le jardin^ asile de délice^

Oii l'âme dans les fleura butait à plein calice.

Le joyeux sanctuaire, à l'araour préparé,

Que dorait un soleil égal et tempéré,

De miel et de beaux fruits le sol inépuisable,

Oîi tout sentier était de mousse et de fin sable;

C'est le désert vainqueur, libre du joug bumaln,

L'exil errant, l'exil sans tente et sans chemin}

C*est une terre aride ou des marais sans bornes.

Et des bois hérissés que glacent des eaux morneil

Horribles premiersHnés de ce royaume affreut.

Mille monstres sanglants s'y déchirent entre eux :

Les tigres, les lions rugissent; les reptiles

Exhalent en poisons leurs haleines subtiles.

Dans chaque antre, dans l'air, dans les flots insomnis.

Dans l'arbre et dans la fleur l'hamme a des ennemis.

De l'amour offensé là haine a pris la plaee;

Car le monde est sans dieux quand noire âme les chasse.

Du séjour pacifique avec leur reine exclus^

Tes sujets, ô Psyché! ne t'obéironl plus.

Cette Tallée en fleurs, si fraîche avant ta chute,

La terre n'est qu'un champ préparé pour la lutte,

Oîi ton cœur va saigner à toute heure, en tout lieu.

Mais qu*il faut traverser pour atteindre ton dieu.

Mamlenant la nature, inféconde et rebelle.

D'elle-même à ta soif n'offre plus sa mamelle;

Tes yeux ne liront plus dans ses yeux obscurcis.

C'est le Sphinx éternel sur la montagne assis :

Sa bouche à flot répand l'ironie et le doute,

£t son corps immobUe intercepte la route.

De lui nul voyageur ne peut se détourner;

Devant l'énigme, U faut mourir ou deviner.

Quoi ! ce corps affaissé^ celte ombre qui chancelle.

Ce fantôme tremblant, c'est Psyché? C'est bien elle!

Lo vent mêle du sable à ses cheveux épars;

Son front pur s'est ridé; l'eau de ses yeux hagard»

En sillons inégaux creuse sa pâle joue;

Ses pieds nus sont rougis de sang et noiris de boue ;

Ses habits en lambeaux, sur ses flancs amaigris.

Cachent mal sa poitrine et ses membres flétris;

A peine si debout, sous la chair affaissée,

Dsjis ses yeux par instants se trahit la pensée.

Qui dirait en voyant, sur ces plaines en feu,

Ce fantôme sans voix : c'est l'épouse d'un dieu?

EUe-mème, à Texii ici-bas condamnée.

Semble avoir oublié le céleste hyménée.

Son orgueil est vaincu par de vulgaires soins.

Les hauts désirs sont morts sous les rudes besoins;

Les rêves sont muets; la faim les a fait taire, La faim sombre, et Thorreur de ce désert austère. Quoi! rêlre, hier encor, par Tamour absorbé.

S'élance, avide ainsi, vers quelque fruit tombé, Prôl à vendre sa part des promesses divines Pour un filet d'eau pure et pour quelques racines! A peine séparé du dieu qu'il a perdu.

L'homme au rang de la brute est déjà descendu. Orgueil, ô triste orgueil, comme la faim te dompte! A rabaisser l'esprit, ah! que la chair est prompte!

Marcher dès le matin sous des cieux ineléments ; Tout le jour s'agiter pour de vils aliments; Disputer le breuvage et la pâture aux bêtes; N'avoir, pour s'abriter des nuits et des tempêtes. Qu'une caverne humide où Ton entre en rampant, Le tronc d'un arbre creux qu'habite le serpent; Se traîner à pas lourds dans la fange ou l'arène : C'est maintenant le sort de celle qui fut reine. Que les êtres vivants, à ses gestes soumis.

En esclaves servaient ou suivaient en amis.

A ses mille besoins la nature est hostile; Sa vie est avec tout une lutte inutile.

Et le jeune univers, contre elle révolté.

Fait sentir à son tour son âpre royauté.

Sous les arbres géants, que seul l'orage émonde. Croupit la verte fange, et glisse l'hydre immonde ; Toute sève y jaillit d'après ses seules lois. Dans les nids monstrueux, fourmillant sous les bois, Aux rameaux bourgeonnants, que nul maître ne plie, La vie, à flots versée, abonde et multiplie.

Au fond d'un lit marqué nul flot n'est contenu. Reste-t-il une place à l'homme faible et nu.

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Pour qui le ciel cncor n'a pas forgé des armes,

A ramante exilée, et qui n'a que ses larmes? ^

Ohl rhydre du désert est rude à terrasser!

Quels travaux douloureux tu devras entasser

Pour bâtir ta maison sur cette cendre araère ;

Et ce n'est rien, hélas! qu'une lente éphémère,

Ps^fché! noble reine, enfant de lieux meilleurs;

Mais tu dois marcher là pour arriver ailleurs!

A travers les écueils oîi ta course commence. Que peut ton faible corps sur le désert immense? Celte main faite au sceptre, aux étreintes d'amour. Te sert moins aujourd'hui que les pieds du vautour. Obéis au plus fort, désormais c'est ta règle : Tu n'es plus qu'un sujet du lion et de l'aigle; Eux seuls ils sont les rois de ce globe naissant. Prince au manteau d'or fauve, hérissé, rugissant, lion, pour ravir sa part de ton domaine.

Que de jours avec toi lutta la race humaine!

De sang vif altéré, quand tu grondes le soir, A l'heure où les troupeaux encombrent l'abreuvoir, Tout fuit, tout a subi la crainte universelle. Et la panthère tremble autant que la gazelle.

Qui sauvera Psyché? Son corps n'ol>éit pas :

La fatigue et la peur ont enchaîné ses pas.

Sur ses genoux meurtris, plus faible à chaque haleine.

Vers un chêne au tronc creux, dans l'herbe elle se traîne.

Mais le roi du désert, à son large festin,

Destine une autre proie, et la cherche au lointain.

Tu peux, en attendant une nouvelle épreuve,

T'asseoûr et t'endormir une heure, ô triste veuve!

Mais que fais-tu là-haut, jeune époux qui Taimas? Elle a porté ton deuil de climats en climats;

Goûtes-tu sans remords la paix olympienne?

Cette âme a-l-elle au moins un dieu qui s'en souvienne.

Et tes pleurs de sa coupe adoucissant le fiel.

Mêlent-ils une grâce aux justices du ciel?

Ah! c'est toi qui, posant une invisible égide

Entre elle et ses douleurs, la ranime et la guide.

Le lion qui la suit meurt sous tes javelots;

Du rocher pour sa soif tu fais jaillir les flots;

Du lieu de son sommeil tu chasses les reptiles.

L'air des marais impurs et les fièvres subtiles.

Par toi l'arbre à ses pieds laisse*tomber le fruit.

Et la biche amicale, arrivant à son bruit,

La lèche en lui tendant le bout de sa mamelle,

Dont le faon gracieux s'est écarté pour elle.

Par toi l'étoile d'or, au fond de l'antre noir,

Va porter à Psyché le sourire du soir.

Il est par toi des jours où, dans sa solitucte.

Le désert consdé prend un aspect moins rude.

Par toi vole auprès d'elle, et chante au bord du nid,

L'oiseau mélodieux dont la voix la bénit.

Les essaims bourdonnant lui font un gai cortège.

Et des fleurs ont poussé du sable ou de la neige.

Alors un vent plus calme, un horizon plus clair.

Le salut d'une branche, une senteur dans Tair,

Remuant dans son cœur un souvenir prospère,

La font pleurer pourtant, mais lui disent: Espère!

Les guerriers chevelus, vêtus de grandes peaux.

Armés d'arcs, ont en cercle, au milieu des troupeaux.

Dressé tentes et chars. Sur Therbe, aux intervalles.

Errent, libres du frein, les joyeuses cavales.

Les enfants, les vieillards, ont traîné les captifs

Sous le dôme sacré des chênes primitifs.

Où s'élève dans l'ombre une sanglante pierre;

La sauvage tribu s'y range tout entière.

C'est le jour d'honorer les mânes des aïeux,

Et de nourrir de chair l'horrible faim des dieux, .

Aux pièges des chasseurs, pendant la nuit surprise, Dans l'hécatombe humaine une femme est assise. C'est Psyché ! Xes autels, de son sang étranger. D'après l'antique loi, vont bientôt se gorger. Près d'elle les vaincus du glaive et de la flèche Des tombeaux vénérés rougiront l'herbe sèche.

De mille coups déjà leurs membres ont saigné;

Leurs yeux ne pleurent pas, leur front est résigné.

Debout et couronné^ le roi du sacrifice^

Pour fouiller dans leurs flancs, attend l'heure propice.

Les guerriers en silence entourent le devin.

Lui, cherchant dans le ciel quelque signe divin,

Interroge le vent, voit comment Taigle vole;

Des charmes sur l'autel fait couler la parole;

Les rites sont réglés par son geste et sa voix,

Et le chant des guerriers résonne au fond des bois :

« Le dieu dans les forêts que notre peuple habite^

Domine par son arc sur tout ce qui palpite;

Les grands cerfs et les daims s'engraissent là pour nous,

Fils du dieu qui courbons devant lui les genoux.

L'heureux chasseur au dieu fait une belle offrande

Et remplit jusqu'au bord la coupe la plus grande.

Le dieu reçoit sa part des brebis et des bœufs.

Pour que ses traits mortels ne pleuvent pas sur eux.

Il donna cette terre à notre race élue;

Par ses puissantes mains toute autre en est exclue.

Par lui nos javelots percent les daims légers.

Et s*abreuvent au cœur des hommes étrangers.

De ceux qui n'ont chez nous des dieux, ni des ancêtres.

Il est de noirs esprits régnant sur tous les êtres;

Pour sauver de leur faim nos fils adolescents,

La hache doit frapper les captifs gémissants;

Les dieux partageront leur chair expiatoire :

Le sang paie à l'autel le prix de la victoire. »

LE PRÊTRE

Quand le sang a coulé sur l'image du dieu; Quand les corps palpitants se tordent dans le feu;

Quand on frolte de chair l'idole sur la bouche,

Les dieux sentent au cœur une ivresse farouche.

Les esprits attisant le brasier souterrain.

Où se fondent pour nous For, le fer et Tairain ;

Le Cabire accroupi près des laves brûlantes;

Ceux qui veillent parmi les racines des plantes.

Et dans l'antre azuré d'où s'épanchent les eaux;

Ceux dont l'aile invisible agite les roseaux ;

Ceux qui, cachés aux troncs des chênes, des érables.

Vivent dans le profond des bois impénétrables;

Ceux qui sur les sommets, rarement éclaircis.

Donnant dans leurs manteaux, sur les neiges assis.

Alimentent l'été les rivières accrues;

Ceux qui, loin des frimas, guident les pâles grues,

Ou, marchant les premiers sur les plateaux déserts.

Mènent paître les daims au bord des fleuves verts :

Tous, agiles, pesants, cachés, profonds, sublimes,

Les dieux ont toujours eu soif du sang des victimes.

Les captifs les plus beaux, choisis dans le butin,

Les plus blanches brebis, seront pour leur festin;

Car les plus sombres dieux, pour la rançon féconde,

De l'homme et des coursiers n'acceptent rien d'immonde.

Rassasiés enfin de la chair des troupeaux

Et du sang étranger, ils rentrent en repos.

Us ne parcourent plus nos forêts et nos tentes.

Pour y prendre la nuit leurs pâtures sanglantes.

La tribu dont le glaive arrose leurs autels,

De son camp voyageur chasse les vents mortels.

Ses taureaux, ses brebis, ses cavales superbes.

Sans toucher aux poisons broutent les grandes herbes.

Mais pour sauver le sang il faut toujours du sang;

Car un pouvoir terrible, éternel, tout-puissant.

Des dieux méchants, dont tout sur teiTe est le domaine.

Pèsent incessamment sur cette race humaine.

Et les prêtres entre eux disaient des mots secrets^ Aciievant du bûcher les magiques apprêts.

Ils rangeaient vers l'autel les haches et les urne^ Psyché seule, au milieu des captifs taciturnes. Aux lueurs du passé rêvant des dieux meilleurs, Résistait à son sort par Tespoir et les pleurs.

PSTCHÉ.

Près de mourir ainsi, qu'ai-je vu dans moi-même?

Des flems, un jeime dieu qui me parle et qui m'aime.

Me dit que je suis belle, et qu/il est mon époux.

Son haleine est suave et ses regards sont doux.

Dieu paisible, dieu bon, ohl n'es-tu rien qu'un songe?

Avant que dans mon sein le fer cruel se plonge.

Pourquoi ces frais pensers, ces paroles d'amour.

Si de chair et de sang dieu vit comme un vautour?

Où donc est ce jardin qu'un si beau fleuve arrose.

Si l'horrible douleur règne sur toute chose?

Quel dieu peut accomplir cet espoir que je sens?

Les dieux bons sont vaincus par les dieux plus méchants.

Le mien a succombé, l'autre est là dans sa joie,

Et le mal éternel a faim d'une autre proie.

Je te cède ma vie, et meurs sans murmurer ;

En la quittant, hélas! je n'ai rien à pleurer.

Tous les hommes au front sont marqués par la haine,

Et le poison entre eux s'échange avec l'haleine.

C'est la même discorde entre chaque élément.

Moi, par eux tous, hélas ! je souffre également;

La terre sous mes pas frémit pour me maudire.

Et je n'ai vu qu'en songe un être me sourire.

Vienne, vienne la mort! Mais si tout doit finir-,

Que fais- tu dans mon cœur, ô diviû souvenir?

Rêve par qui j'aimais, espérance secrète.

Sous le couteau sanglant^ c'est toi que je regrette. Âh ! lorsque du repos je touche enfin le seuil^ Pourquoi me rappeler que j'emporte ton deuil? Es-tu là pour me suivre en un lointain royaume? Où t'ai-je vu? Réponds. Où vas-tu, doux fantôme?...

Les génisses, les bœufs au front de fleurs paré, Et les captif tombaient sous le couteau sacré. La terre boit le sang. Les membres qui ruissellent, Sur les pins odorants du bûcher s'amoncellent. Deux victimes encore... et ce sera ton tour, toi par qui la terre est veuve de l'amour !

Mais la forêt frémit. D'un arc caché dans l'ombre, Un trait vole, suivi par des flèches sans nombre. Le sacrificateur tombe, le cœur percé, Dans les flots du sang noir que sa main a versé. Mille ennemis couverts par l'épaisseur des chênes. Descendent, tout à coup, des collines prochaines. Un nuage de dards pleut sur le camp surpris.

Les chasseurs étrangers, avec d'horribles cris. Précipitant leur nombre, égorgent la peuplade, Comme un troupeau de daims poussés dans l'embuscade. Les guerriers à genoux, sur le tertre divin, La rage dans le cœur, se relèvent en vain.

Tous ceux de la tribu, près de son dieu frappée, Sont emmenés captifs, ou meurent par Fépée; Et parmi le butin, les armes et les chars, Les troupeaux des vaincus dans la forêt épars. Psyché sous ses liens tombe, sans épouvante, Chez des peuples nouveaux, esclave mais vivante.

Assis dans la splendeur au faite de sa tour,

Ce soir, le roi disait : « Cent peuples, tout le jour,

Ont travaillé là-bas pour ma ville superbe ;

D'ici je les vois tels que des fourmis dans Therbe.

Cent peuples de vaincus, par mon glaive épargner.

Là-bas courbent leurs fronts par la sueur baignés.

Les pierres, le ciment, les briques s'anioncel}ent;

Sur les murs des palais les marbres étincellent.

Des fleuves suspendus amènent leurs flots clairs

Aux fleurs de mes jardins élevés dans les airs.

Trois rochers de granit de leur cime abattue

Forment un piédestal pour Tor de ma statue.

C*est bien. Je veux qu'on donne aux immenses troupeaux

Des captifs haletants cette nuit de repos;

Dans les flancs creux des monts, leur asile nocturne^

Je vcrr$ii s'enfoncer ce peuple taciturne. y>

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